‹ La philosophie de Newton [microform]Chapitre 160 sur 208 · V. Sov. organum. L. il, H. i · texte numérisé non relu

V. Sov. organum. L. il, H. i

sur la foi d'expériences préliminaires, que la « forme » ou la « cause » de la couleur réside dans la différence des réfrangibilités. Il convient, pardes expériences de plus en plus complexes, d'enrichir graduellement le domaine des faits, et de voir si malgré la complication des circonstances, l'accord se maintient entre ces deux propriétés: variation deréfrangibilité d'une part, variation de couleur de l'autre. Si l'on vérilie qu'elles sont constamment « connexes etcorresj>ondantes », on pourra en inférer légitimement ([u'elles sont solidaires ^ D'ailleurs le nond)re des vérilicationsenq)iri(iues n'est pas la seule mesure de leur valeur. Ici encore l'exactitude a plus de prix que la généralité. « C'est le i)oi(ls des expériences, plutôt (pie leur nombre, qui doit nous décider, et là où une seule sufïit, ([uavons-nous besoin de plusieurs -?»Une seule observation bien faite vaut mieux qu'une série de mesures qui ne sont pas comparables ^ Lorsque nous changeons les conditions de l'expérience, il ne faut pas que les erreurs instrumentales soient du même ordre que les variations observables. De même, quand nous appliquons la méthode* des variations concomitantes, il importe que les correspondances de faits ne soient pas cachées par l'incertitude de nos nombres. De toutes fa(;ons, il n'y a vérification proprement dite que là où les ex^périences d'une précision constante donnent constamment le même résultat.

Ilestun cas où la méthode (^xpérimcMitah^ semble au premier abord entièrement stérile. C'est celiu* où nos observations ne vérifient ni ne démentent les prévisions du calcul, mais sont indifîéremment tantôt favorables, tantôt défavorables à notre interprétation. Lorsque nous nous heurtons à cette circonstance, c'est le plus souvent l'indice que nos expériences manquent de rigueur. Car il y a une probabilité infiniment petite pour que les faits s'expli([uent aussi bien dans deux

1. Cf. Optique, L. Il, P. II. « Dcniqiic ex 21» observatione apparet inter colores et refrangibililatem, mnUiiim ac perpetuum esse connexum atque rcsponsuni »>.

2. V. Resp. ad Epist. Lucas, Phil. Traus. n. 128. « Non enim experimentonim numenis, sed i)ondiis resi)ici débet, et, ubi unum sufficit, quid pluribus necesse habeiiuis / ••

3. Conip. celle idée avec celle des • exemples privilcgiés » (pnx?rogaliva* iiistaiiliarmu) (|uc {^miow classe en 27 calL'gories dans la deuxième section du L. 11 du .Voy. orqanum.

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hypothèses contradictoires. Il y a donc Heu de varier Texpérience, de larefaire avec des précautions plus grandes, jusqu'à ce qu'elle apporte soit une vérification, soit un démenti à Thypothèse admise. Il va sans dire que plus cette hypothèse sera stricte et particulière, plus nous avons chance de pouvoir la juger sur un petit nombre de faits. Mais même dans le cas où les expériences donnent un résultat constamment négatif, il faut se garder de croire que le profit obtenu soit nul. Les expériences négatives nous mènent sur la voie des expériences cruciales, ci celles-ci sont aux yeux de Newton les plus instructives de toutes.

L'expérience cruciale est décrite par Haron » comme un instrument d'élimination. Les instances cruciales, (pi il désigne aussi sous le nom iV instances décisoires, instances de l'oracle, ou instances du mandai sont des expériences auxquelles nous sommes conduits par une mélhoded'exhaustioii. On les décrit souvent comm(^ un simple moyen de décider, mire diiïérentes hyf)otlièses, celle qui est réalisée dans la nature. Mais pour Bacon l'instance de la croix a un rôle |>lus étendu. Non seulement elle permet desorienteraupointde rencontre de théories diverses, mais elle suggère directement des théories auxquelles nous ne songions pas. En eflet chaque résultat négatif fourni par l'expérience conduit à limiter le champ des hypothèses possibles. Si nous avons énuméré d'une manière complète l'ensemble des explications, il est clair que la non-confirmation de toutes ces explications moins une, équivaut positivement à la démonstration de cette dernière. Si comme il arrive le plus souvent notre énumération n'est pas complète, lesexpériences négatives indiqueront encore dans quel sens il faut la compléter.

Newton donne à Vexpérience cruciale exactement la même signification que Bacon. Pour lui aussi les résultats négatifs fournis par un système d'expériences entraînent indirectement un résultat positif, parce qu'ils suggèrent l'expérience nouvelle qui fournira ce résultat. C'est ainsi que, dans la théorie des couleurs, il a été nécessaire de réfuter d'abord par la voie empirique, toutes les hypothèses reçues jusqu'ici. Soit qu'on

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