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Cf. Principes, L. II, Sect. 5, Déf

des originalités de la physique de Newton. Lorsque nous avons défini les propriétés d'un fluide, nous pouvons concevoir a priori certaines expériences faites sur ce fluide. Ces expériences que nous ne pouvons observer par les sens, nous pouvons les analyser par le raisonnement, et en déduire des conséquences logiques, comme Texpérimentaleur déduit d'un fait les conséquences qu'il comporte.

Prenons un des exemples développés par Newton ^ La chute d'une veine liquide par un oriflce étroit est un problème quon ne peut résoudre entièrement si l'on tient compte de toutes les propriétés des liquides (viscosité, cohésion, etc.). Mais en réduisant le liquide à ses propriétés schématiques, il est possible d'instituer une expérience idéale à laquelle nous pouvons trans|)orter les modes de raisonnement qui réussissent dans les expériences réelles. Nous supposerons le liquide tour à tour congelé et fondu, et en observant les détails de cette expérience, nous arriverons à démontrer que les veines liquides suivent les lois de la chute des corps solides. Une expérience du même genre permet à Newton d'établir le théorème fondamental de l'hydrostatique, et de montrer que dans un fluide en équilibre les pressions sont partout uniformes*. C'est encore en obsermnt les conséquences qu'entraîne une solidification partielle du fluide que Newton arrive à démontrer sa loi : «la gravité et toutes les autres causes du mouvement subsistent dans le fluide supposé solidifié », et cela suffit pour que sa surface doive devenir plane et horizontale. C'est un procédé constant dans le second livre des Principes que l'emploi des expériences fictives pour arriver à l'établissement d'une loi mathématique.

On peut se demander ce qu'il y a de légitime dans cette transposition du raisonnement expérimental à des cas où nulle vérification n'est possible. Il semble que cet artitice soit bien peu d'accord avec les tendances positives de la méthode newtonienne. A vrai dire la physique moderne nous a rendus déflants pour ces expériences idéales. Il est toujours téméraire de prévoir ce qui se passerait dans une expérience physique au cas

i. V. Principes, L. H, S. 7, Prop. XXXVI. 2. V. Principeit, L. II, S. 2, Prop. XXI.

oh cette expérience serait possible. C'est en s'abandonnant à des procédés de ce genre que des savants comme Ampère ont cru dégager d'expériences pratiquement réalisables la loi élémentaire des actions électrodynamiques, laquelle ne peut se vérifier que dans une expérience idéale. Nous savons aujourd'hui que la prétention d'Ampère n'était pas légitime. L'idée d'appliquer à une expérience impossible les lois vérifiées dans les cas réi^ls est positivement erronée : l'élément du courant ne suit i)as les mêmes lois qui conviennent à un courant fermé ' . Il est possible d'adresser à Newton un reproche analogue. Rien ne prouve que les exi)ériences abstraites dont il se sert dans l'établissement de ses théorèmes soient des expériences analogues aux autres. 11 est possible qu'il y ait contradiction à adaptera des cas non réels les résultats constatés dans les cas réels. Cependant Newton ne resterait pas sans défense devant une objection de ce genre. Les expériences schématiques sur lesquelles il raisonne ne sont pas des expériences entièrement factices. Bien qu'elles ne coïncident pas avec la réalité, elles sont à la limite de cette réalité. Les divergences qu'elles peuvent présenter avec les observations courantes doivent donc aller en diminuant à mesure que celles-ci seront mieux corrigées des difl'érents facteurs de perturbation. La mélhode expérimentale et la métiiode déductive ne s'opposent pas comme le réel s'oppose à l'abstrait. KUes rei)résentent des phases différentes dans l'appréhension d'une même réalité, et l'on conçoit qu'il y ait place entre elles pour une expérimentation déducticr, participant des malhémati(iues par sa précision et de l'expérience par son objectivité.

La méthode expérimentale ne se trouve pas chez Newton seulement à l'état d'application. Nous avons cherché à la dégager jusqu'ici des procédés mêmes mis en œuvre par Newton, mais on rencontre soit dans les Principes, soit dans VOplique, soit dans la Correspondance, un certain nombre de passages importants oii Newton explique sa propre conception de la méthode.

Le plus célèbre de ces passages est celui qui a été mis par Newton au début du IllMivre des Principes et qui porte le litre

1 Cf. H. Poincarré. Science et Hypothèse, dernier cliai^itre.

Bloch. 29

LA PHILOSOPHIK DK NEWTON

significatif ; Règles qu'il faut suivre dafis r Élude de la Physique^. On a souvent comparé ce passage où Newton énumère les principales règles de sa méthode, aux développements du même genre qui se présentent chez Bacon et chez Descartes. Mais ce rapprochement n'est pas très exact. Descartes et Bacon, malgré leurs différences, partent tous deux de cette idée qu'il existe une méthode et une seule dont la connaissance permet d'aborder tous les problèmes de la nature. Pour Tun cette méthode procède des faits, pour l'autre elle a son point de départ dans l'intuition ; tous deux sont d'acord pour attribuer aux « règles » une portée absolument générale. Les règles de Newton, exposées seulement d'une manière très sommaire, n'ont pas une telle ambition. Elles ne sont pas constitutives d'une méthode universellement valable, soit inductive, soit métaphysique. Elles conviennent à la fois à la science déductiveet à la science expérimentale, mais dans l'un et l'autre cas, au lieu de fournir une méthode toute faite, elles nous donnent seulement une indication pour l'élaboration de méthodes spéciales.

Newton ne croyait pas à la puissance magique d'une méthode quelle qu'elle soit. Ce qui peut rendre la science féconde, ce n'est pas une stricte conformité du raisonnement à des préceptes universels, c'est l'initiative et l'intelligence du savant. S'il suffisait d'appliquer formellement les mêmes règles, supposées exactes, à toutes sortes d'objets, pour construire une physique cohérente, nous retomberions sur cette idée que la science est toujours identique à elle-même, et que le même instrument suffit partout. Il n'en peut être ainsi d'après Newton. A chaque moment de son évolution la science est nécessairement fragiiKMitaire, et chacune des parties dont elle se compose tend à se développer dans un sens spécial. G est pour cela que les méthodes particulières, les progrès partiels de la technique ont en réalité plus d'importance qu'un système de préceptes généraux. La méthode expérimentale comme la méthode mathématique ne saurait être partout uniforme. Elle se dilTérencie suivant les objets et les ordres de questions qu'on envisage. S'il existe des « règles » qu'on doive toujours suivre dans l'étude

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