Traité de Métaph., ch. m
une idée différente. Pour lui la science contient en elle-même le signe de sa valeur, et ce signe c'est l'évidence. Tant que nous suivons l'évidence, nous progressons dans la connaissance du vrai. Par là Descartes acquérait l'avantage de donner à toutes les parties de la science le même relief, le même éclatd'évidence interne. Pourtant, si l'on se range à la manière de voir des newtoniens, la science cartésienne n'est pas positive. Elle a trop sacrifié à la logique et trop peu à robjectivité. Aussi la tendance newtonienne a-t-elle été, pourrait-on dire, d'introduire dans cette science trop limpide un peu d'obscurité. Il faut entendre par là que Newton, puis Voltaire, ont taché d'habituer les esprits à accepter les faits comme tels, fussent-ils incompréhensibles, semblassent-ils même absurdes. Moins d'évidence et plus de sécurité, tel a été le mot d'ordre donné par Voltaire aux disciples de Newton en France. - Même des Cartésiens, comme Fontenelle, ont fort bien compris ce revirement. Dans son parallèle de Descartes et de Newton S Fontenelle s'exprime ainsi : « L'un (Descartes), prenant un vol hardi, a voulu se placer à la source de tout, se rendre maître des premiers principes par quelques idées claires et fondamentales, pour n'avoir plus qu'à descendre aux phénomènes de la nature comme à des conséquences nécessaires. L'autre, plus timide ou plus modeste, a commencé sa marche par s'appuyer sur les phénomènes pour remonter aux principes inconnus, résolu de les admettre quelque les pût donner l'enchaînement des conséquences. L'un part decequil entend nettement pour trouver la cause de ce qu'il voit, l'autre part de ce qu'il voit pour en trouver la cause, soit claire soit obscure. Les principes évidents de l'un ne le conduisent pas toujours aux phénomènes tels qu'ils sont. Les phénomènes ne conduisent pas toujours l'autre à rfespn«c?"pes assez évidents. » Il semble bien que le jugement de Fontenelle ait été consacré par l'histoire. C'est à Newton et à Voltaire que l'esprit moderne doit cette habitude, de préférer un fait bien établi à une explication douteuse. Le fait a par lui-même son prix, et souvent l'explication surgit du rapprochement de faits inexpliqués. Le positivisme tiendra grand compte de cette tendance d'esprit.