F = MA
où F est la lorce appliquée, M la masse, A l'accélération du
mobile, peut en effet s'interpréter autrement que nous ne l'avons fait jusqu'ici. Nous nous sommes contentés d'y voir une relation expérimentale permettant la définition mathématique des forces. Mais si nous portons notre attention sur la si^rnification physique des deux membres de la formule et si nous nous rappelons que dans toute mesure concrète on doit comparer des grandeurs homogènes, nous serons conduits à a Jmettre, si la graniUnu* F est conçue comme une force, que le produit équivalent MA doit lui aussi s'interpréter comme une force. L'équation (l) deviendra alors identique à une équation d'équilibre. Elle exprimera qu'à chaque instant du mouvement d'un ])oint, il y a équilibre entre la force appliquée et la force d inertie» attachée à ce point, et nous conviendrons de mesurer l'inertie, comme la force extérieure, par le produit de la masse M et de l'accélération A.
Cette manière de voir présent- un avanlage que n'avait pas la précédente. Elle montre que la force d'inertie n'est pas essentiellement une force « résistante », mais quelle peut être conçue aussi comme une force « impulsive* ». L'égalité (1) peut en effet signifier aussi bien que le mobile se meut sous l'action directe de la force dont il est le siège (vis insita) et qu'il rencontre dans les propriétés du 'milieu une inertie de nature spéciale mesurée par la force ai)pliquée. Pour parler un langage plus moderne, nous dirons que puissance et résistance sont deux notions corrélatives, dont la distinction repose sur des raisons pratiques. La force dinertie a tiré son nom de ce qu'elle s'oppose le plus souvent aux modifications que nous avons intérêt à produire. Mais il est des cas où elle les favorise, et elle devient alors l'équivalent exact d'une force ordinaire-. Ajoutons que la formule fondamentale (i ) montre clairement pourquoi l'inertie est compatible avec le mouvement. Ce n'est pas en effet la vitesse, c'est l'accélération seule qui entre dans l'expression de la force dinertie. Si l'accélération est nulle, cette force sera
1. V. Principes, DM. III, « On peut la considérer (ia force d'inertie) sous dou.\ différents aspects, ou comme résistante ou comme impulsive : comme résistante en tant que le corps s'oi)pose à la force qui tend à lui faire changer d'état, comme impulsive en tant que le même corps fait effort pour changer létal de l'obstacle qui lui résiste. »
2. Par exemple dans l'application des volants ou des régulateurs d'inertie aux machines thermiques ou hydraulicpies.
nulle, et pourtant le mouvement continuera. Les mouvements uniformes sont clone compatibles avec labsence de champ extérieur, parce qu ils ne suscitent pas de réaction interne. Alors que tous les autres mouvennMils sont 1 indice de forces appliquées, les mouvements unil'ormes se caractérisent parce qu'ils peuvent s'opérer sans dépense de travail.
Newton ne s'est proposé nulle part de donner une explication psychologique de la force. Dans les Principes moins que partout ailleurs il se hasarde à analyser une semblable notion, et cette réserve se comprend si Ton se rappelle que les Principes furent rédigés sous forme mathématique à seule fin d'échapper au reproche d'hypothèse ou d'arbitraire. Newton préfère poser la force comme une convention primordiale, plutôt que d'en rechercher, à la façjon de Locke ou de Leibmz, l'ori^^-ine nsvcholot^ique. 11 croit rester lidèle ainsi aux méthodes euclidiennes, et réduire le plus qu'il est possible l'élément subjectif de la théorie. Mali>ré cela, les tendances emi>iristes de Newion se révèlent dans son langage. Il est visible qu'il considérait la force comme une donnée immédiate des sens qui est fournie à l'occasion de l'effort musculaire et que nous étendons par analogie au monde objectif. Des expressions comme celleci : « le pouvoir de résister qui est en la matière » ou « l'effort que fait un corps pour se rapprocher du centre », montrent que Newton n'hésitait pas, pour la clarté <le l'exposition, à emprunter ses comparaisons à la psycholop:ie. Il eut sans doute adoi)tô facilement le point de vue qui sera plus tard celui des empiristcs anglais : faire dériver l'idée de la force des impressions musculaires et l'étendre par association aux objets matériels. « La force exercée par la main pour retenir la pierre est égale et contraire à la force par laquelle la pierre tend la fronde '. » Pourtant la première est sentie par le sujet, la seconde n'est qu'une convention dont nous nous servons pour simplifier le
langage.
On peut dire que les notions de bon sens, celles qui dérivent de l'expérience personnelle jouent pour Newton un rôle aussi grand en Mécanique qu'en ^Lithématiques. Il est utile et recommandable de tirer certaines analogies de nos perceptions les