‹ La philosophie de Newton [microform]Chapitre 59 sur 208 · Principes, Déf. V, p · texte numérisé non relu

Principes, Déf. V, p

plus simples. Il suffît, pour éviter tout malentendu, d'employer avec prudence des expressions nettement définies. Voilà pourquoi Newton se servira sans cesse des expressions d'effort, d'attraction, de propension, de force impulsive. Ces expressions n'ont dans son esprit aucune portée métaphysique^. II ne veut nullement donner à entendre que les corps agissants se comportent comme des points spirituels ou des monades. Les efforts qu'ils exercent les uns sur les au très sont des manières de voir purement idéales. Une seule chose demeure positive, c'est le mouvement avec ses propriétés. Lorsque, sous le nom de forces, nous cherchons à lui assigner des causes, notre seul but est de faciliter les mesures. Du moment que les mots de cause ou d'attraction sont, malgré leur aspect métaphysique, employés comme des symboles abstraits, ils pourront conduire à des inductions fécondes. Il n'y a donc pas lieu de les bannir du vocabulaire de la Philosophie Naturelle. Il suffît de les employer en connaissance de cause, et de ne leur demander qu'un fil directeur.

La comparaison des forces mécaniques avec l'effort musculaire a une première conséquence très importante. Lorsque j'agis, mon impulsion m'apparait toujours comme émanant d'un centre qui est moi pour s'orienter vers un objet extérieur. De même lorsque je subis l'action d'un objet, cette action est toujours représentée comme dirigée de l'objet vers moi. En d'autres termes l'effort que j'accomplis s'offre comme le type des actions centrales : il émane toujours de la conscience ou se concentre vers elle. Newton transporte cette idée familière aux champs de force que la mécanique nous présente. Les forces physiques vont apparaître comme des grandeurs orientées, et orientées vers des centres fixes. Jusqu'ici en effet les forces d'inertie se sont présentées à nous seulement comme des nombres. Elles sont susceptibles démesure, mais non sus-

4. Principes, Déf. VIU, p. 7. « Au reste je prends ici dans le même sens les attractions et les impulsions accélératrices et motrices, et je me sers indifféremment des mois (l'impulsion, (ValLraclion ou de propension quelcon(iue vers un centre. Car je considère ces forces mathématiquement et non physiquement. Ainsi le lecteur doit bien se garder de croire que j'ai voulu désigner par ces mots une espèce d'action, de cause ou de raison physique. Et lorsque je dis que les centres attirent, lorsque je parle de leurs forces, il ne doit pas penser que j'aie voulu attribuer aucune force réelle à ces centres que je considère comme des points mathématiques. »

LA PHlLOSOPHIi: I)K NEWTON

ccptihles de figuration. Il leur manque l'élément géométrique qui permette de leur assigner une direction. La théorie des forces centrales va nous aider à combler celte lacune.

La « force motrice » et la « force accélératrice » ne sont pas les seuls aspects d(* la force mécani([Ui\ On peut aussi la définir comme une force « centripète ». Newton veut dire par là (|ue dîuis tous les exemples réels, les choses se passent comme si la force agissant sur un corps le dirigeait invariahh'ment vers un point lixe ou centre. J/intensilé de la force, le nond)re MA (pii la mesure, p(*ut varier- d'un moment à 1 autre ou <1 un point à l'autre de la trajectoire. Mais la direction de la force reste centrale, c'est-à-dire va passer toujours |)ar le même point.

Ici encon* le cas delà pesanteur a permis à Newton d approfondir une théorie que (ialilée avait à pt'iiie eidrevue. .Nous savons ([ue sur une étendue sulfisaininent j)etite du globe, le champ de la gravité est le type d un champ de forcer constant. La verticale d'un lieu est la direction commune des trajectoires qu'y suivent les corps pesaids, et le ftu'sceau de ces trajectoires en un même endroit est un ensendjle de droites parallèles. Mais nous savons aussi (fue le champ de la pesanteur est symétrique par rapport à la terre. Une ix)lation de la sphère terrestre sur elle-même laisse invariable le faisceau des trajectoires. 11 s'en suit que ces dernières ne sont j)arallèles qu'à une approximation assez faible. Kn réalité elles vont concourir en un même [)oiid, qui est le centre de la terre. Newton démontre même en toute rigueur (jue rien ne serait changé aux lois de Galilée si la loliJité de la masse terrestre était concentrée au centre de la terrée Ainsi le champ où se meuvent les corps graves est un champ de forces centrales. A chaque instant du mouvement, la trajectoire d'un corps quelcon(pie, lancé avec une vitesse arbitraire, s inlléchit vers le centre de la terre et la force attractive qui le déplace reste normale à la surface du sol.

La force magnétique offrait à Xewton un autre exemple d'action centrale-. 11 est vrai (ju ici les expériences précises (jui allaient être tentées au xix*" siècle vont donner tort à Xewton. 11

Page 1