INTRODUCTION XV
science en soi '. » Tout rapport entre les deux mondes par la pensée devient donc impossible. « Mais voici quelque chose de plus grave encore... Si jamais un être peut posséder la science en soi, ne penserastu pas que c'est à Dieu seul, et non à un autre, que peut appartenir la science parfaite? — Nécessairement. — Mais Dieu, possédant la science en soi, pourra-t-il connaître ce qui est en nous? — Pourquoi pas? — Parce que nous sommes convenus, Socrate, que les Idées ne se rapportent pas à ce qui est parmi nous, ni ce qui est parmi nous aux Idées, mais les Idées à elles-mêmes, et ce qui est parmi nous à ce qui est parmi nous. — Nous en sommes convenus. — Si donc la puissance et la science parfaites appartiennent aux dieux, leur puissance ne s'exercera jamais sur nous, et leur science ne nous connaîtra jamais *. » Voilà où Ton aboutit, d'après Platon, si Ton pose les Idées à part et les objets à part, si, en disant que Tldée existe en soi, on soutient qu'elle n'existe pas en même temps dans les objets et en nous, de cette existence intemporelle et inétendue dont parlent le Timée et le Parménide. Le dualisme aboutit à la suppression de tout rapport possible entre le sensible et l'intelligible.
Aussi le dualisme inhérent à l'idéalisme subjectif paraîtra-t-il toujours aux platoniciens une position provisohre et instable. Ils diront : — De deux choses Tune : ou il n'y a point de noumène, et alors il n'y a qu'un monde, le monde phénoménal; ou il y a un