CHAPITRE V
RESTAURATION DE LA THÉORIK PLATONlClENTfR DES ATTRIBUTS DE UmV
I. Méthode platonicienne pour déterminer les attributs de Dieu. — II Aspect négatif de l'idée de nit^n. En qiuU u^UH Dieu est-il supérieur à l'essence? Aspect poi^ilif de Vidèn de Dieu. Synthèse des deux points du vue précéderiiB. La vie divine et son évolution éternelle* ^ IIL AU ri buis plus particuliers de Dieu, ou Idées. 1° At tri buis emprunlés k la nature. 2° Attributs empruntés à l'humauilr. La volonté, l'intelligence et l'amour. Diverses dé lin i Lion?* morale.'ï île Dieu. Leur ordre dialectique. Harmonie des c^oiitraires en Dieu selon le Parménide. Personnalité divine.
I. Analysons et déterminons dialectiquemenl l'idée tie Dieu, en tant qu'idée. Dans le Pnnnénide, Platon a montré les différents aspects sous les<|uds cetîe idi*n peut être envisagée; on y trouve sans cesse re[jrodiiiLeÉij à propos des attributs divins, la thèifie qm affirme, F antithèse qui nie, la synthèse qui con^^ili^^ In négalicm el l'affirmation.
Ces évolutions dialectiques n'ont pas prnir but d'inlroduire dans le premier Principe des rnntrfldiï^LionSn mais d'annuler les unes par les autres toub^s l<:*s limilalintis (4 contradictions qui peuvent se trouvï^i- dans iiolr(* propre pensée, de manière à rétablir ainsi, pnv une voie iiidirpclf^, la parfaite harmonie ou la parfaite iiiiib" de IVitislenee
divine. Celle imilé, loin d'ôlre un faisceau de conlradictions, est pour Plalon Tabsence de toule conlradiction. Si la dialecljque accumule et réduit en système les affirmations et les négations les plus diverses, si elle aime à parmui'k Ui\ir à tour les rayons les plus divergents, c'est pour montrer comment ils coïncident lous dans le centre. De iâ le giand principe dont nous avons vu l'application dans le PanHénide : la perfection ou Idée d'une chose se confond avec la perfection ou Idée de toutes les autres choses. 11 y a une suprême harmonie dans cette apparente antinomie : toute chose élevée à l'absolu, par exemj>h^ la pensée, est et n'est plus elle-même, est et n'est iilus la pensée. D'une part, une chose n'est jamais mieuv elle-même que quand elle est parfaite : ainsi, la perfeclion de la pensée mérite par excellence le nom de pensée. Mais d'autre part, si vous vous contentez, comme Ariîtloti% de l'appeler la pensée, vous semblez dire qu'elle est celfi et non autre chose ; or, pour le dialecticien, la perfeclion Je la pensée ne fait absolument qu'un avec celle de la ïïuissance et de l'amour; donc la pensée absolue uiM plus particulièrement la pensée, mais l'unité de la pensée avec tout le reste. C'est ce qui fait qu'aucune défi ni lion de l'idée de Dieu n'est adéquate. Les définitions purijiiient négatives sont bien adéquates à l'infinité divine sous le rapport de l'extension; mais elles sont absolument inadé([iiates sous le rapport du contenu et de la compréhension. Quant aux définitions positives, elles sont d'auUvul plus adéquates en compréhension qu'elles sont plus niucrètes; mais elles ne le sont jamais entièrement. Voilà pourquoi Platon et ses disciples accumulent les llii'sos *'t les antithèses. Nous voyons en nous-mêmes (*etle ieiidance des attributs contraires à s'identifier en se perfectionnant. Quand ils se font obstacle, c'est par leurs limitations et leurs négations; ce n'est pas par ce r|u'ils ont de positif. Ainsi, ce n'est pas ma raison qui fait obsilack à ma liberté ou à mon amour, mais mon manque
de raison. La contrariété n'apparaît qn'avec les born{>s (le nos attributs; éliminez ces bornes, ell« s^ rlinuge h la limite en harmonie. C'est, pour Platon, l'imagi^ de Tunité divine.
Examinons successivement, par la mêllioJe platonicienne, les divers aspects sous lesquels nous apparaît ridée du Bien; gardons-nous d'y transportera succession et le mouvement qui se produiront dans nos pensées. L'idée du Bien semble à chaque instant changer d'aspect sous nos regards, mais c'est nous qui changooiiSj H non pas elle. Au sommet de la métaphysique brille le soleil intelligible, immobile dans sa splendeur; emporlés par le mouvement de notre pensée et de notre amour, nous gravitons autour de lui, et, suivant les positions (ïilÏÏTrnlt^s que nous occupons, il semble changer lui-mâme ; mais re n'est \h qu'une apparence. Nous aurons beau nous mouvoir ainsi ou nous reposer tour à tour, aucun mouveuh^nl ne sera égal en variété à sa nature absolu m^M il multijiîr. aucun repos ne sera égal en fixité à sa natiiro absolnuieiU une. Cette infinité du Bien, loin de déronrager noire pensée et notre amour, doit les soutenir. Faul-il sr plaindre que la lumière soit sans ombre, qup lo Bien soi! sans limites, et que le trésor de la perfection Boil inépuisable?
IL D'après la première thèse du Parménid^, la raison suprême ne peut être aucune des choses dont elle esl la raison. Si elle était identique, soit à un de ses effets, soit à tous, il n'y aurait plus heu de distinguer Teffel de la cause. On se trouve ainsi en présence d une idée qui, quoique étant la plus immanente à notre raison , est aussi tellement transcendante qu'elle semble supérieure à la fois à l'être et au non-être, dans le sens ordinaire de ces mots. Le Bien, étant l'être, est le non-être de Ions les êtres que nous connaissons, pour employer une l'on unie analogue à celles du Parménide. La définition de Dieu