‹ La philosophie de Platon (volume 3)Chapitre 2 sur 60 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

ferons aussi large et aussi haut que nos forces nous le permettront. Une construction de ce genre, logiquement liée et unifiée, est toujours utile comme exposition d'une des hypothèses possibles en métaphysique. C'est Platon même qui fait dire par le vieux Parménide à Socrate : « Tu es jeune, Socrate; exerce-toi à examiner toutes les hypothèses possibles sur un sujet et à en déduire avec rigueur les conséquences. »

Notre problème sera donc le suivant : — Quelle est la forme la plus compréhensive et la plus extensive qu'on pourrait donner aujourd'hui au spiritualisme en s'inspirant de Platon, des chrétiens, de Malebranche, de Spinoza et de Leibniz, et en tenant compte des principales critiques d'Aristote ou de Kant? Reconstruire le spiritualisme platonicien sur les bases les plus larges ne saurait être une tâche inutile, soit qu'en définitive cette doctrine doive emporter finalement l'adhésion comme introduisant plus d'unité dans nos pensées, soit qu'elle doive rester simplement une des deux ou trois hypothèses également possibles, mais également invérifiables, sur les mystères de l'existence et de la pensée.

Quant à la question de l'objectivité et de l'accord avec la totalité de Texpérience, il faudrait, pour la traiter, reprendre et compléter toute la critique de Kant ainsi que celle des écoles naturalistes modernes. Ce serait un nouvel ouvrage à écrire. Contentons-nous de transcrire d'abord et d'apprécier rapidement le jugement même de Kant sur Platon ; puis nous rechercherons les éléments de vitalité que semble encore aujourd'hui renfermer le platonisme.

Vlll INTRODUCTION

« Platon, dit Kant, se servit du mot Idée de telle sorte qu'on voit bien qu'il entendait par là quelque chose qui, non seulement ne dérive pas des sens^ mais dépasse même les concepts de X entendement y dont s'est occupé Aristote, puisque Ton ne saurait rien trouver dans l'expérience qui corresponde aux Idées. Ces Idées sont pour Platon les types des choses mêmes, et non pas, comme les catégories, de simples clefs pour des expériences possibles. Dans Topinion de Platon, elles dérivent d'une raison suprême, d'où elles ont passé dans la raison humaine; mais cette dernière se trouve actuellement déchue de son état primitif, et ce n'est qu'avec peine qu'au moyen de la réminiscence, qui s'appelle la philo- Sophie^ elle peut rappeler ses anciennes Idées, aujourd'hui fort obscurcies.

« Platon voyait très bien que notre faculté de connaître sent un besoin beaucoup plus élevé que celui d'épeler des phénomènes pour les lier synthétiquement et les lire ainsi dans l'expérience : notre raison s'élève naturellement à des connaissances trop hautes pour qu'un objet donné par ^expérience puisse jamais y correspondre, mais qui n'en ont pas moins leur réalité et ne sont pas pour cela de pures chimères.

« Platon trouvait surtout ses Idées dans tout ce qui est pratique... Il étendait aussi, il est vrai, sa théorie aux connaissances spéculatives^ pourvu scu-

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