Enn,, III, IV
par la conscience ce qu'est force ou substance, ce qu'est répétition, multiplicité, et enfin ce qu'est ordre, unité dans Ir multiple, similitude dans la dissimilitude. Tous los i^iiMnents scientifiques et intelligibles de l'idée d'espace pîirai>si'nl donc venir de nous-mêmes. Gomment, d'aill<4iis. roneevrions-nous l'espace si nous n'en contenions [lîisou nous-mêmes le positif? On ne peut penser, suivant Platon tl Aristote, que ce qu'on est en quelque manière, ]inlsi|itr jienser, c'est avoir conscience. Il doit donc y ri\Hir I 11 nous une certaine conscience de ce que l'espace t^oiiliriil de positif; et ce positif, c'est toujours l'unité et iiuu ni[f[)ort avec la multiplicité. Quoique la conscience, dans ht i'unception de l'espace, semble sortir d'elle-même, rlli^ lii- fait encore sans doute que se concevoir; et, en se p(M liiiil l'omme à sa propre circonférence, elle ne cesse de rnnif'iier tout à son centre.
Ksl-n! à dire que l'espace soit une pure illusion? — Nuii, jmisqu'il exprime des rapports intelligibles et réels enlm Ira choses coexistantes; de plus, il est la forme **\fM'rîinenlale de toute passivité, de toute sensation; il est <*o ijn'il y a de réellement commun aux existences extérîi'iMvs, Knfin, l'espace abstrait est une possibilité abstraite, iiidrlitiN.' et sans limites, correspondant d'abord, pour les )i]!it(iriinens, à quelque puissance positive dans l'Ame sM|nvîm* qui, selon Platon, produit le monde; puis à quelt\\w [niissance également positive dans notre âme, qui peut ft $i' jimuvoir elle-même » et « mouvoir son corps », agir par là ?ur l'extérieur et produire des*relations d'espace yiiiis 1('5 subir elle-même en son essence. Mais ce qui est sans délite une illusion, c'est de représenter l'espace n>mni{.^ un trou immense, vide, noir, silencieux, impalpable, qui aurait la propriété de subsister par lui-même <*<>ti!nïf^ un absolu, indépendamment de toute sensation, tlf loMir [iensée, de toute existence. C'est là ce que Platon nj»în^llr une sorte de songe. Dans cette conception, on croil !iv(dr éliminé toute sensation et toute image ; au fond,
c'est la sensation de Tobscurité, du vide, du silence, de Finipalpable. Se représenter un trou et un abîme, n'est-ce pas encore se représenter quelque chose et imaginer? Ce trou, nous le parcourons par la pensée, nous nous y plongeons par Fimagination, nous mesurons en nous-mêmes l'activité que nous aurions à déployer pour le parcourir, et le temps nécessaire à cette activité. Par là, nous y mettons des éléments de conscience en même temps que de sensation ; dans cette scène nous croyons avoir supprimé tout acteur; nous en laissons un, qui est nous-mêmes. Essayons-nous de nous supprimer par la pensée, nous nous concevons toujours comme possibles, sinon comme réels : nous concevons des possibilités de sentir, d'agir, d'avoir conscience. Nous concevons même ces possibilités comme sans limites, parce qu'en réduisant tout à l'abstraction la plus vide que nous puissions concevoir, nous avons supprimé toute condition de différence; et dans cette uniformité de la forme la plus élémentaire que Fimagination puisse se représenter , nous ne voyons aucune raison de changement. Rien n'empêche donc plus l'activité idéale de se déployer sans limites. Les mêmes raisons subsistant, nous prolongeons sans fin la possibiUté de penser, d'agir et de mouvoir. Au fond, nous raisonnons encore, et ce qui reste d'intelligible dans cette conception étrange vient de la raison même. La raison demeure pour ainsi dire seule en face de soi; et, en croyant concevoir une possibilité purement abstraite et indéfinie, elle entrevoit de bien loin je ne sais quelle puissance infinie et réelle, qui résiste seule à son effort pour tout anéantir. Ce n'est point l'espace qui est absolu, mais celle puissance active de l'être et de la pensée que nous concevons comme illimitée. Voilà ce qui a produit chez certains philosophes une sorte d'illusion d'optique. D'accord avec les platoniciens, ils ont admis que, dans cette conception de l'espace ilUmité, ils se trouvaient en présence de quelque attribut divin; mais, confondant des
extrêmes qui, en une certaine façon, se touchent, ils ont l>ris l'espace même pour un attribut de Fctre éternel, le viuki^ vide de l'imagination pour une intuition rationnelle, ja possibilité indéfinie du relatif pour la puissance infime do l'absolu. Quand nous croyons concevoir l'espace ainsi il^^jMnirvu de toute forme, c'est au fond quelque chose de sinH'riiîur à l'espace que nous concevons. Nous répandons iliiiis l'espace les attributs de la raison suprême, unité et iiiliiiilé; nous les dispersons pour ainsi dire en toutes f*bospsi. Si on parvenait à faire abstraction de la raison iiii'ijie, comme on a essayé déjà d'abstraire la conscience vi l'imagination, il resterait non la notion de l'espace, mais h notion « bâtarde » de l'inintelligible et du néant, dont ii]i \\i} peut rien dire, et qui n'est pas plus espace qu'autre ili*>so. Aussi ne pouvons-nous concevoir l'espace qu'en lui JiiiiiKiiit une forme. « L'âme, selon Plolin, est comme
* mm lumière brillant sur une hauteur : au terme où son « in\ nnnement semble s'arrêter, il n'y a plus que les ténè- 'T hros ; mais c'est encore la lumière, c'est encore le regard *^ ih l'àme qui détermine leur forme. Tel le soleil dore le
* rii(îi|:,^e qui arrête ses rayons, et par là le rend visible *. » Kn M u mot, nous aurons beau vouloir abstraire l'âme vivante (îrvnnt l'espace, ce que nous concevrons, si nous conce- VI ms ^[iielque chose, ce sera encore possibiUté, puissance, rir!i\itè, unité et infinité, ordre, raison, toujours l'âme, liHiJMijrs la pensée, toujours l'être, toujours l'Idée.
K lùm., IV, iir, 9.
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