CONCEPTION DU MONDE
La conclusion de ces trois grands principes, si intimement liés Tun à l'autre, c'est que l'unité du Bien contient éminemment le multiple sous la forme de l'Idée de la Dyade. Or, si les Idées, qui sont des essences particulières, sont éternellement réelles en Dieu, parce que Dieu est V Un qui est^ il en résulte que le monde est possible, du moins sous ce rapport qu'il existe éternellement un modèle dont il peut être rimage : Ko(T(i.o; votiTq;.
IL — Conception du monde.
S'il est difficile de comprendre comment le monde est possible en soi, il n'est pas moins difficile de comprendre comment Dieu peut le concevoir. Aussi est-ce là une des grandes difficultés que le Parménide sou- ^ lève. Aristote apercevra, lui aussi, cette difficulté, et il déclarera impossible la connaissance du monde par Dieu, ce qui entraîne la suppression des Idées. Platon, au contraire, attribue à Dieu la connaissance du monde, et en laisse vaguement entrevoir dans le Par^ ménide l'explication relative, sans se dissimuler que ce qui a rapport à l'Un est pour nous inexplicable.
La science en soi, dit Parménide, est identique à la science des Idées, et ne peut avoir d'autres objets que les Idées. Si donc le monde sensible est le contraire des Idées, la science en soi ne peut le connaître, et Dieu ignore le monde, de même que le monde ignore Dieu.
— De cette manière Tun qui est serait une multitude infinie, n {Parm.f U2, b, c, d. —V. pius.haut, page 199.) Oui, sans doute, il est la multitude infinie des déterminations au sein de la détermination universelle ; il est l'ensemble de toutes les Idées. (V. Aristote, Mét.f I, 6. — Phys.^ Hl, 4. nXctTttv ^î... To {Asvrci âffiipoY xai <v toî; atoOriTu; xal iv jxitv3i$ (se, *«î; i^îxi;) tivai.
liy a un vice dans cet argument, puisqu'il aboutit à la négation d'un fait. N'est-ce pas un fait que nous connaissons Dieu, ce qui suppose que Dieu connaH le monde (1)?
Le vice de ce raisonnement est celui qu'on retrouve dans toute l'argumentation de Parménide, et contre lequel \^ Sophiste noxis a prémunis. Le sensible n'est que la négation partielle et non la négation absolue de l'intelligible. Or, celui qui conçoit le plus peut concevoir le moins. Si donc Dieu conçoit les Idées, il peut concevoir le modèle du monde et le monde lui-même.
La difficulté est reculée du monde sensible dans le monde intelligible; mais elle n'est pas encore résolue. Car on peut demander comment Dieu, qui est un, peut concevoir le monde des Idées, qui est multiple. Ce problème n'est pas autre chose que celui de la production par le Bien de l'intelligence et de l'essence, ou de la dualité par l'unité.
Nous venons de voir comment Platon l'a résolu, et il en eût sans doute fait l'application à l'intelligence divine. Dans l'unité réelle du Bien, il y a une dualité intelligible, celle de l'un et celle de l'être. C'est celte dualité qui rend possibles et l'essence et la pensée, et l'union de l'essence avec la pensée dans l'Idée. VUn se divise donc par une contradiction qui n'est qu'apparente, puisque la dualité^n'estpasla véritable négation de l'unité, qu'elle implique. En se divisant, le Bien-un produit à la fois la vérité et l'intelligence, comme le soleil, par les rayons qu'il répand de son foyer immobile, produit la lumière et la vision de la lumière
(l) Platon ne sépare pas ces deux choses^ comme Aristote. Voir plus haut, p. 169.