VI. — Preuve par VacUvité de l'âme
Mais, dit Simmias, l'âme n'est-elle point semblable à l'harmonie d'une lyre, qui s'évanouit quand la lyre est brisée? L'âme n'aurait alors que l'unité d'une collection, d'un rapport, d'un nombre.
D'abord , l'harmonie de la lyre n'existe qu'après
(i) Rép., X.
(2) Phœd., 37.
(3) Phœd., 80, b.
la lyre, tandis que l'âme préexiste à sa forme corporelle (1).
L'harmonie réside dans les éléments qui la produisent; elle ne diffère pas des choses dont elle est le rapport, et n'a aucune essence propre; tandis que Tâme sait et sent qu'elle a une existence à soi (S).
L'harmonie est susceptible de degrés, suivant qu'il y a plus ou moins d'accord dans les éléments dont elle résulte, et par là elle est essentiellement variable. Une âme, au contraire, n'est pas plus ou moins âme qu'une autre*
Si l'âme est une harmonie, qu'est-ce que la vertu? L'harmonie d'une harmonie, chose absurde et impossible. Qu'est-ce que le vice? une harmonie privée d'harmonie, chose plus impossible encore (3).
L'harmonie ne fait qu'obéir aux éléments qui l'engendrent ; elle est un résultat passif. L'âme conijTiandeau corps qui la sert, et même, par sa volonté, entre en guerre avec lui. Étrange harmonie, que celle qui lutte contre lés éléments dont elle est le rapport, et agit comme ferait un être réel ! Non, Tànie n'est point un récitât, une collection, un nombre abstrait ; elle est une cause active et motrice, un nombre vivant qui se meut lui-même et qui meut le corps pour lui imprimer sa forme. L'âme n'est pas l'harmonie de la lyre : elle est l'invisible musicien qui la fait résonner, et qui peut même la briser s'il lui plaît (i).