I. — Des relations en général
D'après Proclus et Alcinoûs, qui cherchent dans Platon, non pas je platonisme pur, mais celui d'Alexandrie, il n'y a point d'Idée des choses relatives (t<5v icpo; Ti) (1). Une telle opinion nous semble contraire à la lettre et à l'esprit de la théorie des Idées.
Dans une foule de passages, Platon reconnaît des Idées de choses relatives, comme l'égalité (2), la grandeur (3), la petitesse, la ressemblance et la différence (4), la vitesse et la lenteur (5), la duité (6), etc. 11 est même très-remarquable que Platon cite toujours à côté du beau, du bon et du juste, comme des Idées au-dessus du doute, les Idées d'égalité (7) et de grandeur. L'Idée d'égalité revient à chaque instant dans Platon, et il s'en sert même pour établir sa théorie, 11 distingue avec le plus grand soin les choses
(1) Alcinoûs, Jnl. VIII.
(2) Hépublique^ Parménidc. Théétèle, Phédon, loc, cU.
(3) ThééL, Sophiste.
4) Bép„ Vil, 529. d.
(5) Phédon.
(6) V. le Phédon.
(7) V. le Parménide .
égales de Tégalilé en soi, les choses grandes de la grandeur en soi. Prendrait-il donc plaisir à nous donner le change, ou ne se serait-il pas aperçu qu'il y a un caractère essentiellement relatif dans toute notion de grandeur, d'égalité, de ressemblance ou de différence (1)? Disons plutôt qu'à côté de l'élément relatif il sut apercevoir l'élément absolu, qui est la condition même du premier. Toute relation suppose au-dessus d'elle quelque chose qui la rend possible et intelligible. Non-seulement les deux termes pris isolément doivent avoir leur Idée, mais tous les rapports possibles de ces deux termes ont aussi leur Idée distincte. Ce qui le prouve, c'est que ces rapports ne tiennent pas aux termes particuliers qui les manifestent, mais demeurent les mêmes dans leur généralité malgré le changement des termes individuels. Simmias est plus grand que Socrate ; Phédon, à son tour, est plus grand que Cébès : les termes ont changé, mais le rapport est toujours un rapport de grandeur. Il y a donc là quelque chose de général et même d'absolu qui rend la relation possible. 11 y a un principe de grandeur auquel participent différemment Simmias, Socrate, Phédon et Cébès. Il y a un exemplaire commun dont ils sont la reproduction plus ou moins pure , plus ou moins parfaite. De même, entre une foule d'objets on peut établir le rapport d'égalité. Ce rapport est donc intelligible en lui-même, indépendamment des termes qu'il unit; et comment serait -il inlelligible sans l'Idée? 11 y a donc dans la nature éternelle des choses une raison qui rend l'égalité possible, un type
(l)VoJr) au commencement du Tliééiète, uu passage qui prouve que Plalon a connu ce caraclôre relatif : « Si tu mets six osselets vis-à-vis do quatre, nous dirons qu'ils sont un plus grand nombre.....; vis-à-vis de douze, qu'ifs sont un plus petit nombre. »
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d'égalité; et c'est ce que Platon appelle l'égalité en soi. Peut-être l'analyse découvrîra-t-elle que cette égalité en soi n'est autre chose qu'un aspect de Vanité en soi\ et que de même la grandeur ne fait qu'un avec quelque principe supérieur. Mais nous n'en sommes pas encore à la simplification et à la hiérarchie deâ Idées. D'ailleurs, là où il y a autre chose qu'une simple distinction verbale, il faut aussi, d'après Platon, qu'il y ait un principe de distinction réelle, et, s'il est permis d'employer un barbarisme mathématique, derf//7^rewciation. Or, nous concevons la grandeur, l'égalité, la ressemblance, la vitesse, la lenteur, comme quelque chose de distinct de tout le reste ; il faut donc admettre, dans la nature éternelle de l'être et dans l'éternelle intelligence, une raison qui rende cette distinction possible et intelligible.