II. — La définition
La«méthode logique aboutit à la définition, où se fixent ses résultats. L'analyse a développé la pluralité, la synthèse a découvert l'unité ; c'est dans la définition que se formule le rapport des deux termes, le nombre qui enveloppe Vun et le multiple dans une relation déterminée (2).
La définition contient donc deux éléments: le premier fait voir en quoi l'objet diffère des autres ; le second fait voir en quoi il \e\iV' ressemble j- l'un est la différence^ l'autre est le genre.
Platon n'a jamais nié la nécessité de la difTérence spécifique dans la définition. 11 l'affirme, au contraire, en beaucoup d'endroits (3).
Cependant, l'élément particulier que contient la
(1/ V. Livre I«, la Théorie de rinduction.
(2) Aristote, s* inspirant de Platon, appelle aussi la déûnition unf torie de nombre. {Départ. amm.yVIII, 169, 1. 30.)
(3) Nous avons déjà cité le passage du Théétète où il déQnit le soleil le phu briUant de tous les corps célestes qui tournent autour de la terre; il oppose cette définition par la différence aux définitions imparfïiites où l'on se conlenle d'énumérer toutes les qualités de l'objet sans en déterminer les qualités spécifiques. Dans le Gorgias^ 8ocrate reproche à ^n adversaire d'avoir défini la rhétorique Tart de persuader, sans ajouter en quoi elle diffère des autres arts qui produisent également la persuasion. Dans le Philèhe^ enfin, nous avons vu qu'il reproche à l'école Eristique de se tenir dans les généralités vagues, lorsque la vraie ^ienoe exige quelque chose de déterminé et de distinct.
244 RAPPORT DES IDÉES A l'iOTELLIGENCE.
définition lui semble bien inférieur en importance à l'élément général. Le particulier, en effet, n'a pour la science qu'une valeur relative : c'est un degré qu'elle franchit pour aller plus loin. La science ne recherchet-elle pas les raisons ou principes des choses, rà aiT», Ta; apx*Ç? — Or, à toiis les points de vue, c'est le général qui est la raison du particulier; l'individuel a sa loi, sa fin, sa cause et son essence dans l'universel. Sa loij — car la loi est une vérité générale qui domine et contient en elle les faits particuliers, comme le principe contient les conséquences. Sa ^/i y ^— car pourquoi les objets particuliers sont-ils dans un perpétuel changement? C'est qu'ils n'ont pas en euxmêmes leur bien et leur perfection ; s'ils l'avaient, à quoi bon changer? Le multiple fait effort pour rentrer dans l'unité; le variable, pour se conformer à Tinimuable; l'individu, pour réaliser le type universel de son espèce. De plus, entre le général et le particulier on peut établir le rapport de la cause à l'effet. Toute cause contient en elle-même, sous la forme de l'unité, la multiplicité de ses effets possibles. Elle les conçoit dans leur généralité avant de les réaliser dans leurs détails. Toute vraie cause est intelligente et ne pourrait produire les espèces si elle n'avait pas l'idée du genre. Enfin, puisque le particulier ne serait rien sans le général, on peut dire qu'il lui emprunte et sa possibilité étemelle et sa réalité actuelle, c'est-à-dire qu'il lui emprunte son e^^e/ice. L'individu n'existe donc que dans l'universel, par funiversel et en vue de l'universel.
.La définition a pour but d'exprimer l'essence d'un objet, c'estr'à-dire l'unité à laquelle il participe sous un rapport déterminé : car celui qui ne connaîtrait qu^une unité vague et une généralité vide ne pourrait
prétendre à la science: c'est par une progression rêgtflîêre TjU*i1 faut ^*ëtèveîr à Tunîté en prenant le multiple pour point de départ.
En résumé» la définition est l'expression d'un rapport harmonique entre le particulier et le général, et par conséquent d'une Idée. Les éléments de l'Idée, l'identité etladifférence<. le même et l'autre, l'être et ie non-être, l'un et le multiple, se retrouvent dans la définition. Us sont tous les deux nécessaires, quoique de valeur diverse : le premier est absolu, le second est relatif. La définition est une forme logique dont l'Idée est le principe métaphysique.
J'ai dit le principe et non le résultat. Il ne faudrait pas croire, en effet, que la définition donne l'essence, dont elle suppose au contraire la connaissance préalable. Aucune des opérations auxquelles la définition se ramène (analyse et induction) ne peut créer en nous la conception des Idées. La définition ne peut donc s'expliquer que par une intuition directe de l'intelligible, dans laquelle se résolvent en dernière analyse toutes les opérations logiques.
246 RAPPORT DES IDÉES A l'iNTELLIGENCE.