‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 44 sur 138 · DIALECTIQUE DU LANGAGE. LE SOPHISTE · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE DU LANGAGE. LE SOPHISTE

avoir exposé la théorie de la communication mutuelle des différents genres, Platon en cherche la vérification dans le langage, c Qu'est-ce que nous devons considérer dans les noms? — S'ils peuvent tous être associés les uns aux autres, ou si au contraire il n'y en a pas qui puissent être mêlés, ou si enfin les uns le peuvent et les autres ne le peuvent pas (1). » Suit une analyse des conditions essentielles et universelles du langage, c Nous avons deux espèces de signes pour représenter ce qui est au moyen de la voix. . . Nous appelons verbe le signe représentatif des actions, et nom le signe vocal qu'on applique à ceux qui font ces actions... Les noms seuls, prononcés de suite, ne forment pas un discours, *et il en est de même d'une suite de verbes sans mélange de noms... ils ne représentent ni action ni inaction, ni existence d'un être pas plus que d'un non-être. Mais dès qu'on les mêle, ils s'accordent, et il en résulte aussitôt un discours (2). » Tout discours est vrai om faux; vrai quand le verbe unit dans la proposition des choses unies dans la réalité; faux, quand le mélange des mots ne représente pas la véritable communication des genres (3). Nous retrouvons donc déjà dans les premières lois de la parole les lois des Idées elles-mêmes, et la théorie de la participation se vérifie dans la syntaxe de la proposition sans que le hasard et la convention y aient la moindre par^. L'harmonie du langage et de la pensée est telle que quelques philosophes vont jusqu'à identifier le jugement et la proposition. Certains critiques ont prétendu que Platon lui-même aboutissait à ce résultat, ou du moins qu'il faisait dépendre la pensée du lan-

(1) Soph.y Ir. CousiS; 30t. — 259, e^ sqq.

(2) im.

(3) Voir plus haut, sur la vérité et l'erreur, livre IV, chapitre m.

gage (1). M. deBonaldavoulu chercher un appui à ses doctrines dans le passage suivant du Sophiste. — t Je dis que pensée et discours, c'est la même chose, avec cette seule différence que le dialogue intérieur de l'âme avec elle même, et sans la voix , s'appelle pensée, tandis que ce qui vient de la pensée par la bouche avec de^ sons articulés s'appelle discours. — Fort bien. — De plus, il y a quelque chose que nous savons être contenu dans le discours. — Quoi? — L'afiRrmation et la néc^ation. — Oui. — Et quand cela se fait en silence dans l'âme par la pensée, n'est-ce pas opinion qu'il faut l'appeler? — Assurément (2). » — On^ a prétendu, d'apris ces phrases, que Platon considérait le langage comme la condition essentielle de la pensée et qu'on pouvait ainsi traduire sa théorie : — c Nous pensons notre parole et nous parlons notre pensée. » — Mais d'abord, il ne s'agit ici que de V opinion^ non du raisomiemeut ou de la raison. En outre, Platon fait dépendre l'union des mots de la participation des genres et des Idées; loin de vouloir tout sacrifier aux si^^nes, il veut montrer que les signes sont soumis aux lois de la réalité- Enfin, la comparaison ingénieuse de l'opinion avec le langage ne peut être prise comme une définition scientifique. Si Platon parle du discours avant de parler de l'opinion et de l'imagination, c'est qu'il est plus facile de comprendre les lois de l'esprit quand on les étudie sous les formes précises du langage où elles se reflètent. La parole est à la pensée ce qu'un miroir est à l'objet. Loin de vouloir identifier c^s deux choses, Platon va les distinguer avec le plus grand soin dans le Craijrle, où il réfute ceux

(l) Voir, outre de Bonald, G. Bauer, Einleit. Schrift des A» T., P- *®' Zobel, Ursprunge der Sprache^ Magdebourg, 1773, p. 8. ';2^ /d., 310.

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