‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 45 sur 138 · DIALECTIQUE DU LANGAGE. LE CRATYLE · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE DU LANGAGE. LE CRATYLE

qui veulent absorber la science dans les mots, au lieu de subordonner les mots aux Idées.

II. — € Le Crai/le, dit Proclus dans son commentaire, nous enseigne la valeur propre des mots, et c'est par cette étude que doit commencer quiconque veut devenir dialecticien (1). > — Et en effet, le procédé logique le plus important pour le dialecticien est la définition. Mais combien la définition des mots n'estelle pas voisine de la définition des choses ! C'est en vertu de ce rapport intime qui unit le mot à la notion, que Proclus appelle le Cratyle c un dialogue dialectique, t Ce n'est pas, ajoute-t-il, t la dialectique péripatéticienne, qui est tout abstraite (2), mais celle du grand I)laton, qui place la dialectique après les mathématiques et après l'éthique, comme l'introduction à la haute philosophie, à la connaissance de la cause unique de toutes choses, leBien. » t Comme d^nsle Pannénide Platon fait connaître la dialectique, non la vaine, mais celte qui entre dans le fond des choses; de même ici il traite de la grammaire dans 3on rapport avec la science des êtres... Evidemment, il veut enseigner les principes des êtres et de la dialectique, puisqu'il parle en même temps et des noms et de ce qu'ils désignent (3). »

Le Craiyle est en effet un dialogue très-métaphysique et d'une importance sérieuse, outre l'intérêt qu'il offre au point de vue de la philologie (4).

(0 Notes snr le Craiyle dans la traduction de M. Cousin, p. 50^1.

(1) C'est-à-dire qu'elle est une logique formelle, où Ton n'étudie que îles abstractions indépendamment de la réalité.

(4} L'interprétaUon du Craiyle a d'ailleurs donné lieu à de nomi>reu8es controverses. Voir principalement 8chleiermacher, II, 3-22 ; ^ttllbaom i4r9um. 14; Grote, Plalo^ II, 501 ; Ast , Sociel. Philol, Leip-

^4 RAPPORT DES IDÉES A L*I!rrELLIGEIICE.

Deux systèmes principaux sont aux prises dans le Cratfle. Hermogène pense que c la propriété des noms réside dans la conveùtion et le consentement des hommes. Le vrai nom d'un objet est celui qu'on lui impose : si, à ce nom, on en substitue un autre, il n'est pas moins propre que le précédent, de même que, si nous venons à changer le nom de nos esclaves, les nouveaux qu'il nous platt de leur donner ne valent pas moins que les anciens (1). »

Cette opinion, suivant Proclus, était celle de Démo-

crite c Démocrite, qui attribuait les noms à une

institution humaine, cherchait à établir sa doctrine par quatre arguments. Il tirait le premier de l'homonymie : on donne le même nom à des choses difTérentes ; les noms ne sont donc pas conformes à la nature. II prenait le second de la synonymie : si des noms différents pouvaient convenir à une seule et même chose, la réciproque serait vraie, ce qui est impossible. Il alléguait pour troisième preuve le changement des noms (par exemple, celui d!*AristocUs en celui de Platon). Enfin il arguait du défaut d'analogie. Pourquoi n'y a-t-il pas un verbe qui vienne de ^ucftio<nSvifiy comme foovetv de <ppovT,(ri;. Il concluait que les noms viennent du hasard et non de la nature (2). »

D'après l'école d'Heraclite, au contraire, la connaissance des noms, qui n'ont rien d'arbitraire, donne la

zig, III, 19 ; Leh. und Schr. Plat., 351 ; Socher, p. 163 ; Classen. dt primordiit grammalie» Grxcx, p. 36 ; Renan, Originei du langage i p. 146. Lenormant, Craiyle.

(1) CraL, 384, 385. — M. Grole (Plato, II, 201) croit trouver là une contradiction : Si les noms sont conventionnels, dit-ii, un individu ne pourra pas les changer. — Mais il pourra les changer, pourvu qu'il s"entende avec les autres.

(2) Notes sur le Ctoi,, p. 504. AlMMe adopta ropiaion de Démocrite. {De interpret., I, 3.)

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