‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 48 sur 138 · DIALECTIQUE DU LANGAGE. SON ORIGINE · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE DU LANGAGE. SON ORIGINE

l'ouvrage du législateur, soit chez nous, soit chez les barbares? N'est-ce pas celui même qui devra s'en servir? — Oui. — Et celui qui sait interroger et répondre^ ne V appelles-tu pas dialecticien?... Ainsi le nom, ouvrage du législateur, devra, pour être bon, être fait sous la direction d'un dialecticien (1)... » Les lois de la dialectique, en effet, sont les lois de la pensée et des choses, par conséquent aussi les lois de la parole. Ainsi reparait, à propos du langage, la théorie des Idées.

€ Cratyle, continue Socrate, a donc raison de dire qu'il y a des noms naturels aux choses... Les noms véritablement propres se trouveront surtout, selon toute apparence, parmi ceux qui se rapportent aux choses éternelles et à la nature. Ceux-ci, en effet, ont dû être établis avec un soin tout particulier. Peutêtre même plusieurs viennent-ils d'une puissance plus haute et plus divine que celle des hommes (2). > On a voulu retrouver dans cette phrase l'origine surnaturelle du langage. C'est aller un peu vite; car il ne s'agit ici que d'une partie des noms, et d'autre part, il faut se garder de prendre à la lettre tous les passages où Socrate rend hommage aux croyances religieuses de ses contemporains. D'ailleurs, si ceux qui invoquent ce passage du Cratyle s'étaient donné la peine de lire le dialogue jusqu'au bout, ils auraient vu que Platon réfute lui-même cette opinion d'une origine surnaturelle, t La meilleure réponse à faire, lui dit Cratyle, ce serait , je pense, de dire que c'est quelque puissance supérieure à l'humanité qui a établi les premiers noms; d'où il suivrait nécessairement que ces noms sont tout à fait propres^aux choses. >

[\)Sopk., tr. Cou?in, 24.

— € Mais, objecte Socrate , penses-tu que celui qui les institua, soit démon, soit dieu, ait pu se contredire lui-même? > Et il montre qu'il y a entre les croyances qui ont présidé à la formation des noms une contradiction des plus flagrantes qu'on ne peut attribuer à un dieu. Mais voici un passage plus décisif, où Platon tourne en ridicule Tintervention de la Divinité dans ce problème : € Nous n'avons rien de mieux à dire sur la vérité des mots primitifs, à moins de faire comme les auteurs de tragédies, qui ont recours dans l'embarras aux machines de théâtre et font apparaître les dieux, et de nous tirer d'affaire en alléguant que ce sont les dieux eux-mêmes qui ont institué les premiers noms, et que, par conséquent, ces noms sont convenables. Sera-ce donc là notre meilleur et dernier argument (1)? »

La part du divin, dans l'origine du langage, se réduit donc, pour Platon, à la part de l'inspiration et de l'instinct. 11 ne croit pas que la formation des mots ait été une œuvre de science (iiîic-niuT)), car die porte la trace de bien des imperfections. C'est une œuvre de simple opinion (à jÇa), et on se rappelle que l'opinion et l'inspiration (poétique, artistique ou autre) sont choses voisines aux yeux de Platon. Le législateur qui a institué les noms n avait qu'une vue confuse des Jdées^ et ce législateur n'est autre que l'humanité elle-même, dont l'œuvre a besoin d'être réformée par le dialecticien .

Telle est l'origine du langage, à savoir: une connaissance confuse des Idées chez ceux qui ont établi les coutumes et les lois de la parole, une opinion qui a engendré des contradiùtions.

(I) CraL, C, p. 117.

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