‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 52 sur 138 · DIALECTIQUE DU LANGAGE. SA FORMATION · texte numérisé non relu

DIALECTIQUE DU LANGAGE. SA FORMATION

lin (4). De nos jours, Tonomatopée a encore conservé des partisans (2).

Mais les plus récentes découvertes de la philologie sont venues confirmer la doctrine platonicienne. Il ne faut plus demander la vraie nature du langage et les vraies lois de sa formation à aucune des écoles sensaalistes, ni à Técole de l'Onomatopée ni à celle de rinterjection (3). t Nous ne pouvons nier, dit M. Max Mûller, qu'une laâgue puisse avoir été formée d'après le principe d'une semblable imitation; mais nous disons que, jusqu'ici, on n*a découvert aucun langage ainsi formé. > (4) c Je doute que ce procédé

(1) V. Sleinlhal, Der Urspnmg des Sprache (Berlin, 1758).

(2) Voir : Hensieigh Wedgwood (Etymology of the engUsh langjxoge) ; ^*ntT (Chapters onlanguage); Renan {Origines du langage), « L'imi- Ution ou l'onomatopée, dit M. Renan, parait avoir été le procédé ordinaire d'après lequel les premiers hommes formèrent leurs appellations... I^ système que Platon a si subtilement développé dans le CralyU^ — i^tte thèse qu'il y a des dénominations naturelles, et que la propriété des mots se reconnaît à Timitation plus ou moins exacte de l'objet, — Vowrraii toui au plus s'appliquer aux noms formés par onomatopée : et poor ceux-ci mêmes, la loi dont nous parlons n'établit qu'une convenance. Ces appellations n'ont pas uniquement leur cause dans l'objet appelé — (sans quoi elles seraient les mêmes dans toutes les langues), — mais dians Voliiet appelé, vu à travers les dispositions personnelles ^ stj^t appelant (p. 13tf, 147).»

1^. Renan ne semble pas avoir compris la vraie pensée de Platon . Il *roit que ce dernier entend par propriété des mots l'imitation matérielle des choses, tandis que Platon entend l'imitation de l'essence intelligible. l)e plus, Platon ne nie pas la part du sujet pensant dans la production des mots ; il accorde à Protagoras et à Cratyle que les premiers auteurs de noms se sont fhit eux-mêmes pour une bonne part la mesure des ^hoses^ à tel point qu'ils ont cru voir partout un écotdement universel et ont nommé les choses conformément à cette pensée. Mais, d'après Platon, le dialecticien doit ramoner peu à peu les noms à la mesure des Jdées.

(S) Max. Mûlier (Science of lang,^ 1. 1) appelle plaisamment la prenûère la doctrine Bow-wow (imitation de l'aboiement du chien), et la Mconde, la doctrine Pooh-Pooh ! (interjection qui sert à appeler un chien).

(4) Lectures on the Soimce oflanguage (Longman), flrst séries, 374.

mérite le nom de langage » (i). < Les onomatopées sont les jeux (playthings) et non les lois du langage > (î). Les onomatopées n'ont qu'une part très-minime dans les langues ; elles sont rares même dans les noms d'animaux où elles devraient être le plus fréquentes. . (Chien, chat, cheval, taureau, etc.) D'ailleurs Tono* matopée est fort incommode à cause de son caractère individuel.

On peut faire les mêmes objections au système de Gondillac et de son école qui dérive le langage de rinterjection. c A vrai dire, le langage propremeot dit commence quand l'Interjection cesse. >

Enfin, si les éléments constitutifs du langage étaient des cris ou l'imitation des sons de la nature, il serait difficile de comprendre pourquoi certains animaux, comme le perroquet et l'oiseau-moqueur, seraient sans langage. L'imitation grossière des objets n'est tout au plus que la matière brute de la parole, à laquelle il faut que la raison ajoute sa forme propre. La parole commence où commence l'Idée.

Si donc c'est le propre de l'homme, comme Platon l'a montré, que de concevoir le général et Tuniversel, c'est dans les lois de la raison qu'il faut chercher les vraies lois du langage: Xd^oç ne signifie-t-il pas tout ensemble raison et parole? L'homme a nommé les objets le jour où il a pu les définir.

C'est une vieille controverse parmi les philosophes que de savoir si le premier objet d'appellation, comme de connaissance, /ir/mi/m cognitum, primum appellatum, fut particulier ou général; en d'autres termes, si les premiers noms furent des noms

(\)Jb.

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