‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 54 sur 138 · DIAUSGTIQUE DU LANGAGE. SA FORMATION · texte numérisé non relu

DIAUSGTIQUE DU LANGAGE. SA FORMATION

TesseDce. » Le mot entrailles (intérieur du corps) a la même racine (mepa en grec, antra en sanskrit). Caverne signifie cavité ; la racine cav vient du sanskrit Ku^ qui se retrouve dans Kol^oç, cœlum, ciel. Le serpent (en sanskrit sarpa) signifie le rampant. Jnguis et Jyi;, ex^^*» signifie Vétouff'eiir (angere, angor, en sanskrit anh.) Le mot même de nom^ nomen, ndmanen sanskrit, ou gnaman (co-gnomen), a pour racine gnd qui signifie Tacte de connaître (co-gnoscere). Le mot anglais thoo/i, la lune, signifie le mesureur : ma, man, en sanskrit, voulut dire d'abord mesurer, puis penser. Le mot mUn en anglais, mann en allemand (homme), signifie le penseur. C'est donc en définissant Thomme par sa plus noble faculté qu'on l'a nommé (1). Ainsi V onomatopée n'a servi que pour définir et nommer les objets dont la caractéristique est le son qu'ils produisent, et même pour ceux-là on a le plus souvent préféré les appellations rationnelles. Comment donc méconnaître tout ce qu'il y a de vérité dans la pensée de Platon ? Soutenir que le langage a été une simple extension inductive des noms particuliers au genre, c'est ne voir les choses que sous le rapport exoténque de la quantité et de l'extension. Platon, lui, pénètre dans la compréhension de l'objet à nommer, dans le domaine ésotérique de la qualité et de l'essence, et il prend sur le fait l'acte de la raison qui, *près avoir dégagé d'une multiplicité d'attributs (to «««ipov) la détermination essentielle (to îtep«ç), exprime l'Idée ou le nombre ainsi conçu par un nom

(U C*e8t l'appellation sauskrite et germanique. L'appellation latine et ^^i&tine {hfmoy homme) vient d'une déûnition moins élevée et eignifle *e terrestre (humus, humilis). .

314 RAPPORT DBS 1DÉE8 A l' INTELLIGENCE.

qui en participe comme Tirnage du modèle (t). Ce fait, que chaque mot est originairement un prédicat, et que les noms, quoique signes de conceptions individuelles, c sont tous, sans exception, dérivés d'idées générales (2), > est une des plus importantes découvertes de la linguistique. Elle ramène la pensée

(l) Leibnitz est fidèle à la pensée platonicienne et beaucoup plus profond que TiOcke et Adam Smith dans les passages suivants :

a Les termes généraux ne servent pas seulement à la perfection des langues, mais même ils sont nécessaires pour leur constitution essentielle. Car, si par les choses pariicvlières on entend les individuelles, il serait impossible de parler s'il n*y avait que des noms propres et poiDt d*appeUaiif8, c'est-à-dire, s*il n'y avait des mots que pour les individus; puisqu'à tout moment il en revient de nouveaux lorsc[u*il s'agit des individus, des accidents et particulièrement des actions, qui sont ce qo'oo désigne le plus ; mais, si par les choses particulières on entend les pins basses espèces (species tn/lnuu), outre qu'il est difficile bien souvent de les déterminer, il est manifeste que ce sont déjà des universaux fondés sur la similitude. Donc, connue il ne s'agit que de similitude plus ou moins étendue, selon que Ton parle des genres ou des espèces, il est naturel de marquer toute sorte de similitudes ou convenances, et par conséquent d'employer des termes généraux de tous degrés ; et même les plus généraux, étant moins chargés par rapport aux Idées ou essences qu'ils renferment, quoiqu'ils soient plus compréhensife par rapport auxindividus à qui ils conviennent, étaient bien souvent les plus aisés à former et sont les plus .utiles. Aussi voyez-vous que les enfants et ceai qui ne savent que peu la langue qu'ils veulent parler ou la matière dont ils parlent, se servent de termes généraux, comme chose, plante, animaux, au lieu d'employer les termes propres qui leur manquent. Et il est sûr que tous les noms propres ou individuels ont été originairement appeUaiifs ou généraux J'oserais dire que presque tous les

noms sont originairement des termes généraux^ parce qu'il arrivera fort rarement qu'on inventera un nom exprès sans raison pour marquer uo tel individu. On peut donc dire que les noms des individus étaient des noms d'espèce qu'on donnait par excellence ou autrement à quelque individu, comme le nom de grosse tête à celui de toute la ville qui l'avait la plus grande ou qui était le plus considéré des grosses tètes qu'on connaissait. C'est ainsi même qu'on donne les noms des genres aux espèces, c'est-à-dire qu*on se contentera d'un terme plus général ou plus vague pour désigner des espèces plus particulières, lorsqu'on ne se soucie point des différences : comme, par exemple, on se contente do nom général d'absinthe, quoiqu'il . y en ait tant d'espèces qu'un des Bauhin en a rempli un livre exprès. » Essais sur r entend.^ III, i, 3.

(9) Max. MuUer, I, 401.

DULEGTIQUB Ni LANGAGE. FORMATION DES DÉRIVÉS. 315 *

et la parole, loyoç, à un même fait tout ensemble intérieur et extérieur, comme le disait Platon : c Pensée et discours c'est la même chose, avec cette différence que le dialogue intérieur de l'âme avec elle-même et sans la voix s'appelle pensée, tandis que ce qui vient de la pensée par la bouche avec des sons articulés s'appelle discours (1). »

Après avoir posé le principe général de la méthode étymologique, Platon en a donné des applications assez nombreuses. Ces applications ne pouvaient avoir évidemmeiît la même valeur que la méthode elle-même, à cause des connaissances positives, soit historiques, soit philologiques, qui manquaient atix anciens. Néanmoins on a beaucoup exagéré le carac* tère arbitraire de ces applications qui ont paru à quelques-uns des jeux de l'ironie.

Les exemples donnés par Platon sont de deuxsortes : les uns relatifs aux mots dérivés, lés autres aux mots primitifs. Parmi les mots dérivés, Platon donne la première place aux noms des dieux et des héros, c Ne serait-il pas juste, dit- il, de commencer par les dieux (2)? » Il est clair, en effet, que les noms des dieux doivent être le résumé des doctrines religieuses, et métaphysiques auxquelles s'élevèrent les premiers peuples. C'est dans ces noms que la trace de l'Idée doit être le plus visible, et la philologie moderne s'accorde avec Platon pour chercher dans les noms sacrés la pensée religieuse et philosophique des peu^ pies. Platon a même fait preuve d'une grande profondeur en disant que les premiers hommes semblent avoir été préoccupés, comme Heraclite, de l'idée du «ûouvement universel. C'est là, en effet, ce qui dut

(ÎJ/&., 21.

346 RAPPORT DES IDÉES A l'iNTBLLIGENGE.

frapper tout d'abord les esprits : c'est le premier degré de la dialectique humaine. Les philologues modernes, eux aussi, retrouvent dans les noms sacrés de la Grèce et de l'Inde l'idée dominante des révolutions de la nature : succession des jours et des nuits, de la lumière et des ténèbres, de la chaleur et du froid, de l'hiver et de l'été, de la végétation et de la stérilité, de la veille et du sommeil, c Quelle peut être la raison de ce nom de dieux, Oeo;? c se demande Platon. » Voici ce que je soupçonne. Je crois que les anciens habitants de la Grèce ne reconnaissaient d'autres dieux (comme aujourd'hui une grande partie des Barbares) que le soleil, la lune, la terre, les astres et le ciel; et en observant leur mouvement et leur course perpétuelle, ils les auront appelés Dieux, Oeoi, d'après cette propriété de courir, Osîv ; et que ce nom s'étendit parla suite aux nouvelles divinités qu'ils reconnurent (l).i Remarquons que les deux moments dialectiques de VappeWuion sont ici parfaitement indiqués : l"" acte par lequel on saisit dans la compréhension de l'objet l'essence générale ou attribut caractéristique; ^^^ acte par lequel on accroît {'extension du mot formé en l'appliquant par induction aux choses du même genre.

Quant à la véritable étymologie de Oeoç (^), Platon ne pouvait la connaître ; mais il est dans le vrai ^ cherchant dans les phénomènes célestes la première origine du nom des divinités. Il est dans le vrai aussi quand il croit à l'intérêt et à l'importance de ces recherches étymologiques, persuadé que chaque mot renferme toute une histoire, toute une religion, toute une philosophie. Que de choses, par exemple, ne nous

(1) Cratyle,191, c.

(2) Voir Max. Millier, t. II, p. 453.

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