‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 6 sur 138 · MÉTHODE DU DÉMONSTRATION PLATONICIENNE. H · texte numérisé non relu

MÉTHODE DU DÉMONSTRATION PLATONICIENNE. H

rément une des parties les plus admirables du Plato nisme ; c'est la pensée grecque dans toute sa liberté d'investigation scientifique, aimant à déployer sa vigueur et sa souplesse aux luttes intellectuelles; mais enfin, c'est le côté socratique et zénonien, parfois même sophistique, plutôt que platonicien. Ce n'est là pour Platon qu'un procédé d'essai préala-* ble et comme d'expérimentation dialectique; mais sa méthode embrasse, nous le verrons, une foule d'autres procédés. Nous pouvons l'appeler, avec M. Grote, mais dans un autre sens, une méthode d'examen en croix. 11 y a presque toujours, en effet, dans la doctrine de Platon, quatre thèses opposées qui se croisent pour ainsi dire, et qui nous font voir chaque question sous quatre aspects principaux et également nécessaires à une solution complète. Le Parménidc est l'exemple le plus rigoureux de ce quadruple procédé auquel Platon soumet toute question ; mais, en lisant les autres dialogues dont la forme est moins régulière, il ne faut pas oublier de compléter la pensée parfois inachevée de Platon d'après la méthode qu'il emploie dans le Parménidey dans le Sophiste et dans le Philèhe^ et dont il a toujours été plus ou moins préoccupé. Dans le Parmenidcy Platon pose successivement la thèse, Vantitfièse^ la négation de l'une et de l'autre (ri cù^éTepek), et enfin l'affirmation simultanée de l'une et de l'autre (tô àuffértpcy) . Ce sont là, comme on dirait aujourd'hui,^ quatre moments nécessaires de la pensée qui forment, si l'on veut, un examen en croix de la question. A vrai dire, c'est plutôt uœ trilogie comprenant une thèse affirmative, une antithèse négative, et une synthèse, d'abord négative, puis affirmative. Sans doute, Platon n'emploie pas ces trois procédés d'une ma-

nière constante, uniforme et comme systématique ; mais il n'en a pas moins compris que sa théorie des Idées aboutissait nécessairement à cette suite dialectique d'affirmations et de négations. Nous verrons dans le Sophiste que chaque Idée contient beaucoup d'être et beaucoup de non-être. Une Idéee^ice qu'elle est, et nest pas une multitude d'autres choses ; à côté de sa détermination positive, de son unité et de son identité, elle contient toujours une multiplicité de différences négatives; c'est ce qui rend nécessaire l'apparition d'une Idée supérieure qui embrasse dans une synthèse plus large^ dans une détermination plus compréhensive, les Idées inférieures qui ont servi de point de départ. La dialectique consiste dans cette série d'analyses et de synthèses faisant d'un plusieurs^ de plusieurs un. Platon applique cette méthode aux systèmes de ses devanciers : il les pose, les oppose et les concilie. Par exemple, dans le Sophiste^ il met en contraste le système de l'universel mouvement et celui de l'universel repos (thèse et antithèse); puis il conclut que ni l'un ni l'autre n'est la vérité (synthèse négative ou double négation, oùiéTfpcv), parce que l'un et l'autre sont vrais à la fois sous divers rapports (synthèse affirmative ou double affirmation, àiis^':tptv) • Démontrer, pour Platon, ce n'est pas s'attacher à un principe exclusif et se contenter d'en déduire les conséquences logiques; c'est compléter un principe par un autre, une conséquence par une autre, une Idée par une Idée; démontrer, c'est montrer les Idées sous tous leurs aspects ; c'est ne négliger aucune négation comme aucune affirmation ; c'est tourner et retourner l'objeten tous sens sous le regard de la pensée. Démontrer, c'est faire voir une Idée, comme un rayon de lumière, se réfléchissant dans tous les sens et dans

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