‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 72 sur 138 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

POUTIQDE DE PLATON. L^IOÉË DU JUSTE DANS LA SOGUËTÉ.

I. Unité de la vorlu privée et de la vertu publique. Gomment la justice produit Tamour et la bienfaisance. Doit-on faire du mal àses ennemis? Gomment la justice produi,t la puissance et la f&licilô publiques. — Il Lldée de l'État* La RàpuUique. La propriété et la famille.— JIU L'État réel et mixte. Les Lois. Rapporte de la politique et de la théorie des Idées.

L La justice, vertu individuelle à son origine, se transforme en vertu sociale par un simple changement de point de vue. En effet, Thomme juste peut seul vivre en parfaite harmonie avec lui-même et avec ses semblables ; l'accord intime des facultés dans chaque âme rend seule possible l'accord des âmes entre elles. L'injustice, au contraire, fait que nos facultés et nos tendances, non-seulement se combattent en nous-mêmes, mais se trouvent en opposition avec celles des autres hommes. Le vice est en lutte et avec la vertu et avec le vice; mais la vertu elle-même n'est jamais l'ennemie delà vertu. Ma science peut-elle nuire à là vôtre? non, car elle conçoit la même vérité et le même bien. Ma force d'âme est-elle un obstacle à votre force d'âme? non, car elles sont au service du même bien. Ma tempérance, enfin, en modérant mes passions, peutelle provoquer les vôtres? non, car la même loi du bien règle et apaise nos passions. Ainsi, par la justice, l'ordre règne dans l'individu et dans l'Etat.

Il en est de même de l'amour. L'harmonie inté-

lUSTÏCE ET AMOUR. 443

neare que Platon appelle la justice n'établit- elle pas entre nos facultés un lien commun, qui les attache toutes au bien et par là même les attacherune à Tautre? Donnez à tous les hommes avec la même justice le même amour du bien, et ils s*aimeront entre eux. La même lumière éclairera leurs esprits et échauflFera leurs âmes. Une des conséquences les plus admirables du platonisme, c'est que l'être le meilleur en soi est aussi le meilleur pour les autres. La bonté intrinsèque de Thomme consiste à aimer le bien dans toute son universalité ; mais, si l'homme possède cet amour, ne s'ensuit-il pas qu'il aimera le bien de ses semblables, qu'il aimera ses semblables eux-mêmes, qu'il sera bon pour eux, bienveillant et bienfaisant? La justice enveloppe donc la bienfaisance et ne forme qu'un tout avec elle. Aussi ne faut-il pas dire que la justice consiste à faire du bien à Ses amis, damai à ses ennemis. N'est-il pas contradictoire que celui qui en toute chose a pour but le bien, — et non tel ou tel bien, mais le bien universel— , puisse faire; du mal à un autre homme (1)? Il ne lui convient même pas de rendre à ses semblables le mal pour le mal, quelque injustice qu'il en

ait reçue (2). Où^è «Jixouolcvov ap« dvTaJixeîv... èirei^TÎ yt oWapLÛ; îcî â^wEÎv,,. o5t8 xoxco; irotciv o^jJ^va âv6pc&trtov

^ iv ôTtou'» TOoryTi uw* aÙTwv. > Tout art, touto puissance, toute fonction, toute vertu, a pour objet le bien de h, chose ou de l'être dont elle s'occupe. Le bien intérieur se répand donc nécessairement au dehors; il faut qu'il s'étende indéfiniment, pour imiter davantage au sein du particulier le bien universel. La justice, qui produit l'amour, produit aussi la vraie

iO%.. 1, 25.

{'^)CrUon, 150, J57.

puissance, en ramenant à une direction commune toutes les forces de Pâme. L'homme juste est un avec lui-même ; Thomme injuste, au contraire, loin d'être un, est plutôt une multiplicité de partis (1). De même, dans rËtat, la puissance se mesure à la justice. Là où règne l'opposition, les forces se limitent et se contrarient; là où règne l'ordre de l'Idée, toutes les forces réunies tendent au même but avec une énergie irrésistible.

La justice enfin, qui est le bonheur de l'individu, est aussi celui de l'État. De la concorde universelle naît l'universelle félicité.

Si donc la dialectique a déjà réduit à l'unité les diverses vertus individuelles, considérées dans leur idéal, elle peut maintenant aller plus loin et affirmer que la vertu privée est identique àla vertu sociale. C'est un hommage de plus rendu à cette grande conception de V unité dans le multiple^ qui est le caractère principal de l'Idée. Par leur rapport à l'Idée universelle, tous les esprits, tous les cœurs, toutes les volontés se rapprochent et s'unissent sans se confondre. La participation à un même Idéal de vérité, de beauté, de justice, fait de tous les hommes une même famille.

Mais l'influence de notre activité et de notre vertu ne s'étend que difficilement à l'humanité, tout entière; le plus souvent, elle ne franchit pas les bornes de l'État. C'est de l'État qu'il faut surtout nous occuper.

IL La morale est la science qui fait [l'unité dans l'âme; la politique est la science qui fait l'unité dans l'État.

La morale trouve à son début la variété des facuUéb

(1) Gorg,j 507, e; liép., I, 351, a, s.

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