‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 73 sur 138 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

humaines, naturellement opposées jusqu'à ce que la raison les réconcilie. La politique trouve à son début la multiplicité des individus, cause d'imperfection et de discorde ; et son idéal est de substituer à cette multiplicité une unité vivante, une personne collective dont les individus soient les membres et les organes, c Tout devrait être commun à tous, même les yeux, les oreilles et les mains (1). » L'État est tout pour Platon :.ce qui ne lui est pas soumis, ce qui ne lui sert pas, est essentiellement maladif et doit être retranché par le fer et par le feu. Si quelque chose pouvait s'en séparer avec raison, ce serait le philosophe ; mais seulement parce que l'État n'est point encore formé sur un modèle parfait. Dans la réalité, le philosophe est homme et en relation avec des hommes : il ne doit donc pas s'isoler d'un État bien constitué : la société ne sera heureuse que quand elle sera gouvernée par les philosophes (2).

La politique, pour Platon, n'est qu'une morale agrandie, qui a sa base dans une sorte de psychologie de l'État. Aux trois parties de l'âme correspondent les trois castes principales de la République. Les magistrats sont la iéle et la raison de l'État; les guerriers en sont le cœur et \dL force; les artisans et les laboureurs veillent, comme V appétit, à la satisfaction de ses besoins physiques»

Mais cette diversité des fonctions ne doit pas nuire à l'identité du but. Artisan, magistrat ou guerrier, lout citoyen se doit à l'État. Or, il y a deux causes d'opposition entre l'État et l'individu : la propriété et la famille. La propriété, c'est le tieriy le mien, et par conséquent le particulier, l'individuel. Elle doit donc

(t)Low,V, 739, c.

(2) Bép,, VI.

AHi RAPPORT DES IDÉES A LA VOLONTÉ.

s'effiler devant Tonité idéale de ' r£ut. La famiUe, c'est eneore le particulier, source d'égolbme et de diriftion. 11 faut donc eupprimer, au moins chez les guerriers défenseurs de l'État, la propriété et la femiUe. Les femmes seront communes, non dans Tintérèt de ta passion, mais dans un int^t moral et patriotique. 11 en sera de même des enfants, dont TÊtat fera Téducation. Par la gymnastique et la danse, on fortifiera leurs corps ; par la musique, on adoucira et réglera leurs âmes. Dans ce but, on soumettra à la censure la plus sévère toutes les œuvres des poëtes et des autres artistes. La politique et Téducation ne] sont qu'un seul et même art.

Le gouvernement le plus parfait est celui des malleurs y parce que la raison y domine : c'est l'aristocratie, ou plutôt la sophocratie. Par malheur cette forme de l'État ne peut durer toujours. Bientôt la timocratie lui succède, et dans cette seconde forme le courage domine. Les autres espèces de gouvernement correspondent aux appétits : l'oligarchie repose sur les désirs nécessaires, sur l'économie, sur l'amour du gain ; la démocratie, sur le goût de la liberté, et par conséquent du changement, et par conséquent encore du plaisir (4); la tyrannie enfin, résultat inévitable dé la licence démocratique, est l'intempérance effrénée avec son cortège de passions méprisables : le tyran est le dernier des hommes. Telles mœurs publiques, tel gouvernement : sans la vertu, l'État ne peut subsister; de là l'absolue identité de la morale et de la politique.

UI. Nous avons décrit l'État parfait, la cité céleste,

(1) Voir plua haut, dans i*Esthélique, l'identité du goût des changements et du goût des plaisirs.

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