CHAPITRE VI
LES ATTRIBUTS MÉTAJPHYSIOVES DE DIEU. — i'iRDITIDUALITi DITlffE.
I. Unité de Dieu. — II. Simplicité. — III. Immutabilité. ^ IY« Éternité et immensité. — V. Indépendance absolue, supérieure à toute réiation. — Individuaiité divine.
1)66 attributs métaphysiques put été déjà déterminée par. déduction, avec une rigueur admirable, dans la première thèse du Parménide. Platon, dans ses aatres dialogues, y ajouta des preuves nouvelles, le plus souvent inductives.
Le Dieu de Platon est unique j car il est, non pastd ou tel bien, mais le Bien. S'il y avait plusieurs dieux contenant des perfections déterminées , la loi de la dialectique nous forcerait aussitôt à concevoir un dieu supérieur qui embrasserait tous les autres dans spn unité. A côté du modèle de la perfection, dit Platon dans le Timée (1), il n'y a pas place pour un second modèle. En dehors de l'universel, rien ne peut exister.
Quand Platon parle des dieux, il ne désigne plus que des êtres divins ou des personnes divines , et il prodigue alors ce titre. Les Idées sont des dieux éternels (2) ; l'intelligence est une divinité, l'âme est une autre divinité (3) ; le monde lui-même est un dieu
(1) Voir plus haut, chapitre IV. - Tim,. 34 b.
(2) Timée, p. 52.
(3^ Lois. X.
ATTRIBUTS UtjXn'V§U»}E» W BIEÙ. Mg
sensible, image du Dieu intelligible ; les «strM, dont les mouvements sont analogues à ceux da La pensée, sont des dieux immortels ; Tâme humaine, avant 1I9 tomber dans un corps, méritait aussi d'être appelée un dieu ; et dans Tâme^ la raison est comme un dinti qui dirige tous sas actes. En un mot, le divin est par»
tout : %é»ja TtiXifi-n Aefiv (1).
(1) C'est ce mot de Dieu, ainsi prodigué, qui a fait croire «i poly* Vëkimm de Platon, liais alors r&mo eUo-BiéiAe fierait «n 4S^u* Oa eail; fue, dans rantiqujté, ce 4om de Dieu était un jiom commun désignant los choses divines, les êtres divins. Dans Platon, ce nom est iantét commun, tantôt propre et pris par excellence : i Seof, ou Me, I)e mém^, ûf%leB choses belles et le beau, les choses bonnes et le bien^.les choses divines ou les dieux, et le dieu ou Dieu. Dans son savant article sur l'œuvre de Platon {Rmme des Deus-Mondts, \^ Janvier 1809), M. et Béouiaet, t#ut en reconnaissant le monothéisme plaioniclen, ajouta « qu'il ne O^udji'ait psi» s'étonner si Platon avait par moments admis l'existence distincte et substantielle des Idées éternelles. ^ (p. 66.) M. de Rénusat pMwre Cwt bien que les philosophes de l'antiqnité, qiix « merrbatept #1 r«spiiaieAt dans un peuple de dieux, 9 ne pouvaient répugner autant que nous à un « ol^pe d'abstractions réalisées. 11 Platon aurait pu admettre «a pa» reU olympe, smt; mais ra«i-il admis en iMité? Nous et les penragep les plus formels et les plus nombreux le prouvent Nous avims réuni les plus remarquables dans le chapitre FV de ce même livre. La philosophie de Platon est to«ii entière la dimpnsiratiOQ de l'anité dal'l^ pirftil. U Platon parle de plusieurs dieux, c'est que le mot ^ieu n'impliquait pas nécessairement la perfection absolue, mais simplement une puissance suriuunaine ou supra^natnreile. Platon s'est prédaément attaahé à Aiever le Dieu en soi» ^e Dieu parfait, Dieut au-dessus des causes et des puissances particulières. Nous verrons, en parlant de Parménide et dç Xénophane, avec quelle rigueur Us ont démontré l'unité divine. Treuve-i-on chez les théologiens modernes une démonatratioo plus forte que la pl^ mière thèse du Parménide? M. de Rémusat dit avec beaucoup de raison {{u'ii faut nous défaire de nos habitudes chrétiennes en étudiant les anciens i mais il &ut aussi nous défaire de nos préjugée; et c*9U, ae sam^ ble, un préjugé chrétien que d'attribuer aux théologiens la démonstration do l'unité divine, déjà si profonde dans Xé nophane (voir notre deuxième partie), dans Parménide, dans Platon, et dans la Métàpiiysique d'ArIstota. lie polythéisme, pour Platon, n'existe que dans le dieu engendré» dans le monde; et encore n'est-ce là qu'un point de vue provisoire et un moment dialectique : le monde est un, comme Dieu est un. (Voir le Timée^ loc. cit.) La lettre où Platon dit qu'il parle des dieux pour le vulgaire et de Dieu pour ses amis, n'a rien d'invraisemblable. En définitive, Platon n'était pière moins monothéiste que les chrétiens qui admettent un
Le Dieu de Platon est simple, non parce qu'il possède une seule qualité, mais parce qu'il les possède toutes. Ce n'est point la simplicité de l'être abstrait, mais celle de l'être infmiment concret. Aussi la simplicité de Dieu n'exclut pas la variété de ses perfections : autant d'Idées, autant de formes divines, trèsdistinctes pour la science, mais nécessairement liées l'une à l'autre dans la substance éternelle. C'est en ce sens que Dieu est tout à la fois un et multiple (1).
Le Dieu de Platon est immuable. Outre la preuve déductive du Parménide, Platon l'a démontré encore phr induction. En effet, plus il y a de perfection dans un être, moins il est sujet au changement. Les corps les plus robustes sont les moins affectés par le travail. L'âme est d'autant moins troublée et altérée par les accidents extérieurs qu'elle est plus courageuse et plus sage. € Un être est donc, en général, d'autant moins jf exposé au changement qu'il est plus parfait... Mais
> Dieu est parfait avec tout ce qui tient à sa nature. » Ainsi il est l'être le moins susceptible de recevoir » plusieurs formes. — Certainement. — Serait-ce donc 3 de lui-même qu'il changerait de forme ? — Oui, s'il
> est vrai qu'il change. — Et ce changement de forme
> serait-il en mieux ou en pis? — Nécessairement, si
> Dieu change, ce ne peut être qu'en mal ; car nons
> n'avons garde de dire qu'il manque à Dieu quelque » perfection. — Très-bien. Cela posé, crois-tu qu'un
> être, quel qu'il soit, homme ou dieu, prenne volon-
seul Oieu^ mais trois personnes ou puissances distinctes en Diea, runion de rhumanité et de la divinité dans le Messie, une mère de Dieu, des anges ou puissances supérieures que la Bible appelle des dieux, et (U>> saints qui sont commo dos héros ou demi-dieux. Tout ceia ne nous mu- ])éche pas de concevoir l'être parfait comme unique, et la mrmc conception raisonnéc se trouve chez Platon.
(!) V. notre analyse du Panne nide.