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II. Si Dieu est ânie et renferme en soi toutes les formes éminentesdu mouvement et de la vie, on comprendra que Platon lui attribue dans certains passages ce mouvement de la sensibilité qui est la/o/e. Mais c'est encore là un point de vue inférieur et comme humain, ou plutôt c'est pour Plalon une simple métaphore. — < L'auteur et le père du monde, voyant cette image des dieux éternels en mouvement et vivante, admira et se réjouit (vîyacôvj Tt, jcal eù^pavôet;) (2)... > Dans le Philèbe^ Platon prend soin de rectifier ces expressions. « Peut-être ne serait-il point étrange que, de tous les genres de vie, celui qui est exempt de plaisir et de douleur fût le plus divin. Il n'y a donc pas apparence que les dieux soient sujets à la joie et à l'aifection contraire.— Non, certes, il n'y a pas apparence. Du moins y at-il quelque chose d'indécent dans l'une et l'autre affection (3). > Plus loin, Platon montre que la pure intelligence, sans aucun sentiment de plaisir, n'est point le bien véritable. Il conçoit donc le Bien, ici encorCi comme n'étant ni le plaisir ni l'absence de plaisir, mais quelque chose de supérieur, qui contient la forme éminente et positive, Vïdée du plaisir, sans les bornes et les négations, et qu'on peut appeler la félicité. Aussi
(1) V. la note de la page 69.
(2) Tim.y 37, c. La Bible contient des métaphores du même genre.
(3) P/»7., 333, bj Com.^ 355. '
PERSONNALITÉ DE MEU. iNTEitlOKNGE DIVINE. Mi
appelle-'t-il le Bien, dans le YI« livre de la République, le plus heureux de tous les êtres. De même, dans le Théétèie, le modèle do Bien, c'est-à-dire Tensemble des Idées, est di^^in et bienheureux.
Concluons qoe tontes les qualités de nos âmes, -^ activité, vie, puissance spontanée, faculté de se mouvoir et de se déterminer soi-même sans obéir à une impulsion fatale, enfin, sentiment de joie et de félicité -^ se trouvent dans le Dieu de Platon en tant qu'il est âme, mais sous une forme de perfection et d'éternité qui les rend concilîables avec la majesté du Bien absolu. C'est ainsi que la méthode dialectique, en transportant les qualités positives des objets imparfaits dans ridéé parfaite, devient une méthode sûre et rigoureuse pour déterminer les atttribûts de Dieu. Loin d'abandonner dans cette détermination sa théorie des Idées, comme le lui ont reproché quelques critiques, Platon n'y est jamais plus fidèle que quand il attribue à la réalité suprême toutes les réalités éparses dans liB monde et l'humanité.
IL — L'iNTELttGBNCE.
La même méthode dialectique, remontant de Timparfalt à la perfection, fait que Platon transporte en Dieu l'Intelligence, nouvel attribut de la personnalité.
La science e/^ soi, qui est une espèce du Bien (1), est la science conçue cornm^ Une et pure, c'est-à-dire comme universelle et parfaite. C'est la forme éminente de la science.
Mais est-ce une forme abstraite, générale, impersonnelle, une sorte de modèle saris vie, qui serait le type de la pensée, mais ne penserait pas?
(l; lUp., VI«Hv.; Phild,., lor. cit.
542 THÉODIGÉE DE PLATON.
Aucune Idée n'est abstraite pour Platon ; Tldée de la science doit donc être line forme réelle de science, et pour ainsi dire une science qui scUt^ en d'autres termes une intelligence. C'est ce qu'il nous dit lui-mètne: < Si jamais un être peut posséder la science en soi, ne penseras*tu pas que c'est à Dieu seul, et à nul autre, que peut appartenir la science parfaite (1)?'» On voit qu'il ne s'agit pas d'un idéal impersonnel de science possible^ mais d'un idéal de science réelle. C'est ceqae confirme le Phèdre, où nous trouvons identité absolue entre Vidée de la science et la Science réelle. Dans son trajfet, l'âme contemple l'Idée de la science, c'està-dire € la vraie science^ la science sans mélange, telle quelle existe dans ce qui est V Etre par excellence (2). »
L'Idée de la science a donc un caractère particulier que n'ont pas par elles-mêmes les autres Idées. Cellesci sont simplement des formes intelligibles de la réalité parfaite; l'Idée de la science, outre qu'elle est une forme de l'être, est aussi une forme de la pensée : elle est la pensée même. En elle coïncident les deux sens du mot Idée, l'un objectif, comme diraient les modernes, et l'autre subjectif. L'Idée de la science est un intelligible et une intelligence. C'est ce qui ressort clairement du Parménide et du Phèdre, et c'est ce qui devait résulter du mouvement même de la dialectique. Toute Idée étant réelle, ovtwç ov, l'Idée de la pensée est une pensée réelle, et conséquemment une pensée qui pense. — Reste à savoir ce qu'elle pense.
Platon nous le dit : l'objet de la pensée, c'est l'être intelligible. < Autour de Vessence est la place de la vraie science. » L'essence est donc J'objet, la science
(l) Parm,, 133, d, e; — Ir. Cousin, 21. l2)Phxdr., 247, c, d.