‹ La philosophie de Platon (volume 5)Chapitre 90 sur 138 · PERSONNALITÉ DE DIEU. INTELLIGENCE DIVINE · texte numérisé non relu

PERSONNALITÉ DE DIEU. INTELLIGENCE DIVINE

le sujet. «La pensée des dieux se nourrit d'intelligence et de science sans mélange... Elle aime à voir Tessence... Elle se livre avec délices à la contemplation de la vérité... Elle contemple la sagesse; elle contemple la justice..., toutes les essences (1). » « La science en soi est la science de la vérité en soi...; chaque .science en soi serait la science d'un être en soi... N'est-ce pas seulement par Vidée de la science qu'on connaît les Idées en elles-mêmes (2) ? »

Ainsi, pour Platon, l'Idée de la science est la science des Idées.

Mais nous savons que la pluralité des Idées n'est qu'apparente, tellement que celui qui en possède une les possède toujtes (3), et qu'on ne peut en posséder réellement une seule sans les posséder toutes (4). Ne disons donc pas que, parmi les Idées, il y en a une qui connaît toutes les autres; ce qui laisserait croire que les autres sont connues sans connaître elles-mêmes. Disons que l'éternelle Idée des Idées se connaît éternellement, que l'Intelligible est éternellement saisi par rintelligence.

Aussi Platon rapproche toujours la vérité et la science, l'objet et le sujet, principalement dans le VP et le VIP livre de la République, où il ne les sépare pas une seule fois (o). C'est que, pour lui, ce sont choses identiques. « La science, dit-il, est, ou la vérité même y ou ce qui est le plus voisin de la vérité et le plus ^trai. > Ce n'est donc pas seulement Aristote, c'est encore Platon qui a conçu la pensée comme identique

(1) Phèdre, 247, d; — tr. Cousin, 51.

(2) Pann,, i33, d, e; — tr. Cousin, 20, 2f,

(3) Ménon, 81.

(4J Philèbe, 16.

(5) V. plus haut, cil. ni.

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à l'être dans la perfection divine (1). Cette conclusion, appuyée sur des textes formels, estconforwie à Fesprit le plus intime de la théorie des Idées. Car, encore une fois, ridée n'est-elle J)aà l'intelligible? et non Tintelligible />ar accident^ qui tantôt est connu, tantôt ne l'est pas ; mais l'intelligible par essence^ qui est nécessairement conilu? Si donc l'Idée est l'intelligible réel et actuel, cet intelligible doit être réellement et actuellement compris par une intelligence. Donc, l'intelligible se réalise lui-même dans une intelligence qui lui est conforme ; la pensée en soi se pense éternellement ; l'Idée de la science est identique à la science de rFdée(2). C'est là,dira-t-on, un principe d'Aristote. Oui, sans doute; mais c'est avant tout le principe de la théorie des Idées.

Ici se présente un nouveau problème qtie Platon a parfaitement aperçu et qu'il a résolu.

Est-ce l'intelligence qui est la raison première de l'Idée, ou l'Idée qui est la raison de l'intelligence? ou encore, l'Idée et l'intelligence ont-elles l'une et l'autre leur i'aison première dans un principe distinct de toutes les deux, supérieur à toutes les deux?

D'abord, dans l'ordre logique, l'intelligible ou l'Idée semble être avant l'intelligence : pour que la pensée existe, il faut que la vérité existe. C'est la réalité del'wjfence qui rend possible la science. Voilà pourquoi il est inexact de définir tout d'abord Tldée une pensée divine; car ridée est logiquement en soi avant d'être pour soi : elle est une détermination du Bien avant d'être une pensée du Bien.

Mais c'est là une distinction purement logique, et

(1) Aristote attribue lui-même à Platon l'expression de VinieUigfi^fy lieu des Idées : cî Xs-yovTt;. . . {De an» y iv, 6.)

(2) Pann., ibid. , — tr. Cousin, 20.

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