IV. — PEU^ONKALrTB DIVINK
On voit combien est vaste et complète la notion platonicienne de Dieu. Elle résume et concilie dans une unité supérieure toutes les conceptions théologiques des devanciers de Platon. On se demande sou-
(I) fltfp., VI, loc. cit.; — 40, tr. Cousin.
(2; Eth. FAid., 1, 8.
(3) Mais si nous no jjouvons compieiuln^ to cju»? I»3 Bim esl en ao*, rétude des rapports de Dieu au mondo nous fera l)icntôt comprendre ce ({u'e^t le Bien pouraulrvi, ou la Honlr. V, livre suivant: Proflurlion du monde.
oJ8 THÉODICÉE DE PLATON.
vent : le Dieu de Platon est-il un idéal ou une réalité, un principe indéterniiné ou un être déterminé, quel* que chose d'universel ou une substance individuelle, en un mot, un dieu impersonnel ou un dieu personnel? Est-il l'unité incompréhensible de Pannénide, ou l'intelligence consciente d'Anaxagore et la bonté vivante de Socrate? — Poser à Platon cette espèce de dilemme, c'est oublier qu'il avait précisément pour but de maintenir à la fois et de concilier les diverses formes sous lesquelles Dieu apparaît à notre pensée, et que les philosophes grecs avaient aperçues successivement. Nous ne saurions trop le redire, paroequ'op est trop porté à l'oublier: l'auteur du Sophiste ou du Parméfiide n'admet pas ces choix entre de prétendus contraires, surtout quand il s'agit de ce principe suprême de la dialectique où les différences sont ramenées à l'identité. Vous offrez à Vlaton plusieurs choses; il s'efforce immédiatement d'en faire une. Dans son éloignement pour les systèmes exclusifs, il n'admet l'alternative dû oui ou du non que quand il y a contradiction formelle « sur le môme objet, dans le même sens et sous le môme rapport, » Toutes les conceptions de Dieu que nous venons d'énumérer, nous les avons également retrouvées dans Platon. Une critique superficielle, impuissante à réunir sous un même regard cette diversité de points de vue, crie sans cesse à la contradiction; mais la contradiction n'existe que dans la pensée des interprètes. Sans doute on peut reprocher à Platon de s'être borné souvent à juxtaposer les diverses notions de Dieu sans en montrer suffisamment l'intime connexion ; mais c'est un reproche qu'on pourra toujours faire, non-seulement à Platon, mais à l'esprit humain lui-même, qui voit beaucoup plus les choses dans leur muUiplicité que dans leur