PERSONNALITÉ DE DIEU. M
unité. Platon n*èst-il pas le premier qui ait eu le mérite, d^ns le Sophiste et dans le Parménide^ de montrer la mutuelle implication des Idées, la réduction dialectique de toutes les essences et de tous les attributs à l'unité dans la perfection divine? Si on veut exprimer et résumer sous une forme claire et systématique les divers aspects de l'Idée de Dieu, qui ne se montrent parfois qu'obscurément et isolément dans les Dialogues, et cela à dessein (1), il faut emprunter à Platon sa propre méthode, telle qu'il Ta employée dans le Parménide, Résumons donc de nouveau avec lui la thèse, l'antithèse et la synthèse (négative et affirmative).
Thèse. — Dieu est relativement à toutes choses 1'/- €léal : il n'est point ce qu'elles sont, mais ce qu^elles devraient être. Leur être et l'être de Dieu ne sont donc point upivoques; mais, si Ton dit qu'elles sont. Dieu n'est pas (de la même manière qu'elles).
Cet idéal de toutes choses est unwersel, puisqu'il réunit en lui-même tous les genres possibles et tous les types de l'être. Ce n'est pas un individu borné par d'autres individus, mais un principe qui embrasse tout.
Relativement aux personnes finies et imparftiites, chez lesquelles le moi exclut le non-moi, et qui n^ se posent qu'en s'epposant tout le reste comme une borne de leur être. Dieu est Impersonnel. Dieu pénètre tout et rien ne s'oppose à lui ; tout existe, tout vit, tout se meut en lui et par lui.
Les Idées et Dieu, Idée suprême, ont donc un mode d'existence tout à fait différent des existences que
( l) On sait rjuc Platon ménageait jusqu'à un cortain point les croyances^ r»*ligieubes de son temps, et enveloppait &hï< conct'ptionb mHlaphysiipu»s • 1»» ro''mes mysli'pie? et mythologiques.
nous connaissons, et qui échappe à toutes les conditions de l'être, telles que les conçoit notre pensée finie. La raison de tout ce qui est ne peut être rien de tout ce qui est, et ne peut se confondre avec aucune des existences dont elle est le principe.
On reconnaît la thèse soutenue par Platon dans le Parinénide et dans le YP livre de la République.
Antithèse. Dieu, étant la raison de toutes choses, le principe et l'Idée de toutes les existences, doit être ominerament tout ce qu'elles sont. Il est donc la suprême réalité.
Comme il contient dans une absolue unité tout ce que lui emprunte par participation la multiplicité des êtres, il est la suprême IndividuaUtéy distincte de tout et s'opposant à tout sans que rien s'oppose à elle-
C'est de lui que nous recevons par participation l'âme, l'intelligence et le bien, la vie, la pensée et l'amour, tous les attributs de la personnalité. PourraiHl nous communiquer ces attributs s'il n'était la jPersormuUté suprême?
C'est le Dieu vivant, accessible à la pensée et à l'amour, dont Platon parle dans la seconde thèse du Parménidcy dans le Time'e^ dans la République^ dans le Philèbe^ dans le Sophiste^ dans lesZoû*.
Synthèse (négative et aflfiiimative). — Dieu n'est, à vrai dire, ni l'idéal ni la réalité, parce qu'il est indivisiblement i'Idée-réeile (to «Uo; ovt»ç Sv) ; il n'est ni la seule universalité ni la seule individualité, parce qu'il est Tlndividu-universel : universel et impersonnel par rapport à nous, individuel et personnel en luimême. En un mot, Dieu est l'unité de toutes choses dans la Perfection (to h àyaôov).
PLATON A-T-iL ADMIS LA TRINITÉ? 821