Arisl.., loc. vit
DIBn PRODUCTEVh DU MOMbfc
Cette dialectique de l'Intelligence divine fractionne à l'infini l'être et la pensée, et en môme temps elle les ramène à leur unité primitive. Le Bien est un foyer dont partent tous les rayons et auquel ils reviennent tous. La sagesse de Dieu, dans son intuition immobile (vo'i]ai;), enveloppe tous les mouvements de la pensée discursive (Siâvotoi) ; elle fait éternellement d'un plusieurs, de plusieurs un; mais, encore une fois, c'est une dialectique qui ne se déploie pas dans le temps comme la nôtre, et qui possède simultanémeat tout ce que découvre, dans ses efforts successifs, notre pensée finie et imparfaite.
Ainsi, Dieu engendre les Idées par la conscience qu'il a de l'infinité de ses perfections. Dans ce monde des Idées, tout est un et tout est infini. Chaque idée est elle-même un monde : elle ressemble à un point indivisible où viendrait cependant se peindre l'univers idéal. Nous-mêmes, quand nous sommes en possession d'une idée, nous pouvons retrouver en elle toutes les autres, par l'effort de notre dialectique discursive ' ; à plus forte raison, l'intui-' tion divine aperçoit dans chaque Idée toutes les autres, par une vision immédiate et éternelle. Le centre est partout, la circonférence nulle part.
La pluralité et l'unité coïncident ainsi dans l'intelli-' gence divine comme dans toute pensée. Il en résulte que la pluralité, loin d'être le contraire de l'Idée, est ellemême une Idée ; et comme elle est identique à l'aM^re ou au non-être, le non-être lui-même est une Idée. Tel est l'important résultat dialectique auquel Platon nous a conduits dans .le Sophiste. L'Êlre qui aperçoit toutes les Idées, aperçoit en lui l'Idée du non-être, principe de la différence et de la multiplicité : c'est là la matière des Idées et des essences; c'est aussi là matière idéale du monde lui-même; c'est l'Idée divine qui explique là possibilité métaphysique du monde.
i. Mtno, 81, c.
LA VKILOSOPHtE DE PLATON
Mais, pour que ccKe |K)ssibililé métaphysique soit réalisable, il faut que Dieu aperçoive eii lui la puissance dé la «ouse : TV tvjc ohûç Sûvatiiv, Or (larrai les délerininaltons el les ullriliuls du Bien se trouvent l'activilé, la vie, l'Ame, C'est li^ un fait qu'il faut aiimettre, puisqu'il y a en nous Je l'aclivjlé, ilu mouvement, de la vie, el que tout existe éminemment en Dieu. Dieu s'aperçoit donc lui-même comme une cause capable d'action, ou plutôt essenliellement active. Par là il se conçoit comme pouvant lui même réaliser éternellemenl le monde éternellement possible. En d'autres termes, il conçoit &es propres perfections comme c^ommutiicables et parlicipables, comme pouvant se manifester h l'inllnl tlans.le temps et dans l'es|>aci:. La puissance de se conununiqiier est une perfection réelle ; Platon devait être amené naturellement à la placer en Dieu.
Est-ce à dire que nous comprenions en quoi consiste ce pouvoir de se communiquer et de se répandre au dehors? Non sans doute, car la vraie cause esl le Bien-un, qui dépasse noire intelligence '. Néanmoins plusieurs passages des œuvres de Platon vont nous prouver qu'il s'était formé une idée profonde et originale de la fécondilé diviae.
ni. — pROHUCnOH I>U HONDR.
Nous sommes arrivés à ce résultat qu'il y a une Idée divine fondant la possibilité du monde, et une puissance capable de le réaliser. Mais Dieu se suffit à lui-même. Pourquoi donc a-l-il produit le monde, qu'il concevait comme simplement possible et non comme nécessaire 1
« Il était àon, cl celui qui esl bon n'est avare d'aucun bien ; il a donc créé le monde aussi bon que possible, et pour cela il l'a fait semblable à lui-même '. »
1, Voy. le VI* liïre de la R^publigtte.
2. Tim., 29, e. 'AfnObî y, âïaflù Si oùîslç TOpî ouîtvô; ovîiTtote