DIEU PRODUCTEUR DU MONDÉ
flcvenu avec le chrislianisme le sens principal du luol bonté, OQ le voit poindre déjà dans le Timée : « H est bon, el celui qui est bon n'a aucune espèce d'envie. » L'absence J'envie et d'avarice, la tendance à partager le l)ien qu'on possède, n'esl-ce pas déjà la bienfaisance, la boulé affectueuse dans laquelle s'unissent la perfection et la fécondité?
Appliquons donc à la production du monde par Dieu ce que Platon nous a enseigné sur la génération, puisqu'il nous dit lui-même que toute génération est une œuvre divine el que le Monde est né le jour où naquit l'Amour '.
Dieu est le Bien, c'est-à-dire la perfection et la suprême ricbesse; ivre do béatitude, il a en lui l'universalité de l'être, cl il conçoit cet être el cette béatitude comme par- Ucipables, Demeurera- l-il inactif et infécond? — Celui qui est le Bien même ne peut agir que conformément à sa nature; il est nécessairement bon, dans tous les sens de ce mot : bon parce qu'il possède !e bien, iion parce qu'il répand le bien. Pourquoi donc Dieu ne produirait-il pas? Y a-l-il au debors de lui ([uelque obstacle qui s'oppose au libre développement de sa nature, comme il y a au debors de nous des obstacles qui nous rendent impuissants et stériles avant que nous ayons atteint un certaiu degré de perfection? Dieu est la perfection même et sa nature est à jamais accomplie. Pourquoi donc, encore une fois, ne produirai t -il pas? Ksl-il jaloux du bien qu'il possède et veut-il le renfermer en lui-même, sans accorder jamais à la Pauvreté el à l'imperfeclion uji regard de pitié cl d'amour? Pensée impie qui prête à Dieu l'égoïsme el la slérUité de l'homme mécbant! Non; Dieu, qui est le Bien et qui est bun en lui-même, est bon pour les autres êtres qu'il confit éternellement comme possibles et comme
1. Voir, toma I", te mylhe du Banquet sur la production du Cosmos.
LA PtllI-OSOrHIE OE PLATON
ITQiivniil être Itons à son image. Alors a'accomplil en Dieu oe sysliMiii! (le l'mimiir (li>nl nous voyons en nous-tm'mos l'iinitalion iiuiKJifailc. L'i^tre souveraiiitimenl bon el liuiiu conçnil un module de lionlê el de beauté qui t'sl le vivant mtellitfiàle, Tô «ÙTO^totv, idriili({ue ik luï-[in''nte ; el il [jroduil dans la beaulé une leirvre belle et bonne, image mobile (le son inimubîb' iiei'bjelion : Ilâv-t« £fiw»|ot Ttïpmïr,ffiot iauTtp. Ainsi, ilans le I^ère qui engendre le monde, comme dans l'Iionuiie, l'amour Ronserve «m essence : il est la jiro duc lion du bien dans le bien par le Bien même *.
1. Dans le Biinquet, le Biea suprême esl repréeentè d'abord coraroe CL'Conilioit la Pauvreté, viiic de tout bien. Mais Platon montre etisoile qu'on in> [iL'ut proijuipc (jiiu dans le liiun et dans la Iteauté; au«si In l^auvretô, qui est non-être eu olleméme, se ratotne-l-ctle à une Idée oo forme intelligible du Bien : l'idoe du Monde ou Vivant intell i}jîl))e. Or ce Vivant est Dieu tui-oiême, CVsl donc, en derniiïre analyse, dans le sein même de Dieu que s'accomplit te my.'st^re de l'Amour, et c'eet de Dieu seul que toul sort. La. création des chrétiens n'e&t pas de beaucoup supérieure k cette conception platO' nicieniie.
L'amour de Dieu pour l« Monde et pour l'homme a son image dans l'amour du Monde et de l'homme pour Dieu. Le Monde, Irttvaillè par uo désir insatiable, rond à Dieu amokir pour amour et l-end vers lui de toutes sca puissances; le Monde lui-même est Amour. [Conv., :204; Pftileà,, ST, a.} L'bumnoitè tend augst veit Dieu par la raison et par le cmur, et s'en rapproche pas la verlo. n C'est en contemplant la beauté Éternelle avec le seul iirgane par lequel elle soit visible, que l'homme pourra y enranteret y pri:iduire non des images de vertu, parce que ce n'ei^t pas k des Inntges qu'il li'attache, mais des vertus rèellea et vraies, parce que c'est la vérité seule qu'il aime. Or c'est à. celui qui eu fan te la vérilable vertu et qui la nourrit qu'il appartient d'être chéri de Dieu : c'est à. lui, plus qu'à tout autre homme, qu'il appartient d'être immortel. » {Bajiq,, 31S, e.)