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CHAPITRE II

THÉORIE DE l'aRT

. L'art divin, id^al de l'art humain. — II. L'art hdiiaiic. Deux sortes d'imitation : imitatioD de la réalité et imitation det Idées. La seËonde est le véritable objet de l'art. — III. Fin DK l'art : le Bien. Conséquences en esthétique et en politique. — IV. Les DrFFiRiirrs arts. Comment ils produisent la discipline du plaisir et de la douleur au moyen du Beau. Musique, danse, peinture, poésie, éloquence.

Comme Socrate, si Platon fut philosophe, il fut aussi artiste. Dracon fut son maître de musique dans sa jeunesse ; il apprit la peinture ; enfin, avant d'écrire ses dialogues, il avait composé heaucoup de vers. Quand nous ignorerions tous ces détails, les œuvres de Platon sont là pour nous témoigner combien il fut sensible à la beauté, et peut-être même, suivant par avance la marche qu'il enseigne dans la dialectique, il admira d'abord les belles formes, les beaux visages, les belles poésies, les beaux chants, avant de goûter le charme austère des beautés philosophiques.

Mais une fois adonné tout entier à la philosophie, il semble avoir eu quelque dédain pour les arts qui l'avaient charmé autrefois : s'il les accepte, ce n'est qu'à condition de les transformer et de les élever à la hauteur de la philosophie même; C'est ce qui ressortira de ses opinions sur la nature, l'objet, l'origine et le but de l'art.

I. « L'nrl de crâr nu tli» fiiire (:ttnTjTutTi) u deux parties. — Lt'sqiii'llcs? — L'une divine, Paiitre hiimàiiie. Nous nvoiis (ijijielê puissaiire fapalile de fnire, loule fniissiiiiee qui cal cause que ce qui ii'iHail pas arrive à l'être. Tous les iHres vivants morlels, les végf^laux qui croisseul, soil d'iuic racine, soil d'une semence, à la surface de ta terre; les eor|is inanimés fiisililes et non fusibles contenus dans son sein, est-ce à quelque autre cause qu'à une [luissance divine que nous altiilmercms de les avoir fait passer du noiï-«^tre h l'tMreî... Les choses que l'on ilit produites f>ar la nature sont l'œuvre d'un arl divin; celles que les hommes compo.tf^nt avec cellei-là sont l'œuvre d'un arl humiiiii, et pur çonst'queul il }' a deux manières de faire, l'une liumaine, l'autre divine,.. > Dans chacun de ces arts, Plalon établit une subdivision : l'orl de produire les choses urfnies, et l'arl de produire des ressemltlances ou d'imiter. — < Ne disons-nous pas que l'art humain fail une vcrilable-maisoii au moyen de l'architecture; el que, par la peinture, it en fait une autre, qui est une espèce de songe composé par nous à l'usage des gens éveillés? Ton les nos œuvres peuvent être rapportées ainsi à nos .deux uianières de faire : la chose même, à notre art de Xaire les ehoses ; le simulacre, à noli'e art de faire des siniulaeres '. •

L'art humain est donc analogue à l'art divin, et on ne peut comprendre le premier sans l'intelligence du seconi]. Si te devoir de t'Iiomme est d'imiter Dieu en toutes johoses *, l'artÎEle véritable sera celui qui ressemblera le mieux à l'éteruel artiste. Le Tîmée ne nous montre-l-îl pas les dieux inférieurs se réglant dans la formation de l'homme et des animaux sur l'exemple donné paf le Père des dieui 'î, — « Dieux issus d'un Dieu, appliquez-vous,

L Sopk., p. aSs.

a. Voy. le ThM., 5s.

S, LiiR dljBui infârieurt sisniblent déilHDflr les grnndea droes piastif/ues lies satfBi.

THË0UI8 UE l'AUT IÏ

suivànl volrp nature, à fnrnierces animniix, en imiliinl la puissance qne j*ai JéjilMyée nmi-nifmii dans votre formalion. » L'hnninie, à gon lour, quand il crée, doit imiter dans la meaure de sa faiblesse les oréatione divines.

Or comment Dieu o-t-il procédé dau!; la fortnalion du monda? Tout art, nous l'avons vu, consiste à pro^luira 8oil des réalités, isoil des iinuges. Cette doulde puissance dont parle le Sophùte, Platon l'allribue à Dieu et en donne des exemples dans le X° livre de la République et dons le lunée.

Dieu, d'après Platon, est l'unteur des essencei, qui eont les clioses vraiment réelles, Les objets même les plus vulgaires — le lit par exemple — ont cependant UM raison d'Hte éternelle que Dieu coni^oit, raison de possiliilité qui constitue elle-même une réalité supérieure, c Dieu fait de soi et l'essence du lit et celle de toutes les autres choses '. i L'ensemble des Idées forme un modèle vivant de perfection, un idéal suprâme qui est en même temps la suprême réalité. Dieu est donc artiste s ce premier titre qu'il produit et réalise éternellement l'idéal en lui-même. Il possède la première partie de l'art : cella qui consiste à créer des réalités,

Il possède également la seconde : celle qui consiste à produire des images; car le monde, son œuvre, est l'image dct! Idées. Il ne faut pus croire pour cela que le niondç Boit entièrement dépourvu de réalité, car l'image, dit le Cralyie, n'est pas le contraire absolu de la réalité *; Iç non-être, dit le SopAistex n'est pas le contraire absolu dç l'être. Quoi qu'il en soit. Dieu nsl l'auteur des apparences Sensibles comme des essences intelligibles. Il produit eu lui-même le modèle de toutes les choses possibles, et, fixant ses regards sur cet exemplaire éternel, il crée cetto gronde ueuvre d'art t)ui est le iiiuiidev

i. Rip., c, 2M,

i. Cioli/le. Vov noipe analyse dans le livre précéUenÙ

IS

n, L'arliste humain, jMur ressembler h Dieu, devra aussi coocevoir un idéal de beauté et l'imiter au moyea de^ èlémeuls fournis par la nature. En eiïet, • l'artiste qui, l'oeil loujuurs fixé sur l'être immuable et se sentant d'un pareil modèle, en reproduit l'Idée et la vertu, ne peut manquer d'enfaDtér un tuut d'une beauté achevée, tandis que celui quia l'œil lixé sur ce qui se passe, avec ce modèle jjérissable, ne fera rien de bien ' ».

Platon distingue donc deux sortes d'imitation : celle des idées éternelles et celle des objets périssables. Il y a également deux sortes d'artistes ou poètes (iroititoil) : ceux qui prennent pour objet le divin, et ceux qui imitent servilement, soit les cbosea matérielles, soit les sentiments, les passions, les viecs, les ridicules de l'humanité. C'est a ces derniers qu'il donne par excellence, dans le X' livre de la République, le nom de poètes imitateurs. 11 y a deux Muses, dit-il encore dous le VU" livre des Loh, et bien qu'elles puissent plaire l'une et l'autre, elles sont pourtant d'un caractère bien ilifférent. La Mu$e amie de la sagesse et de tordre a cet avantage de rendre ses élèves meilleurs ; la Muse vulgaire et fialleuse a pour effet ordinaire de les corrompre '.

Platon parle avec le plus grand mépris des arts qui se bornent à l'imitation de la réalité sans se proposer un idéal de beauté morale. A quoi bon, en effet, imiter ce qui existe déjà, si l'on n'y ajoute rien? Quoi de plus méprisable qu'uD pareil métier, à quelque point de vue qu'on l'examine? Demantiez au métaphysicien quel est le rang pour ainsi dire dialectique des arts qui imitent les objets matériels. L'Idée seule est réelle, nous le savons. Déjà l'objet sensible qui en participe est une imitation, qui tient du non-étre autant que de l'être. Que sera-ce, s'il s'agit de l'imitatioii d'un objet sensible? Ce sera l'image

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