COSMOLOGIE PLATONICIENNE
deux âmes, l'une bonne et iiilelligeiile, l'autre mauvaise et Talale. Mais nous avons déjà vu que le X" livre des Lok csl eitolérique el populaire. Le législateur parle des dieux, pour se conformer à l'opinion reçue ; quoi d'étonnant qu'il lasse allusion au chaos, k la nécessité^ qui st; rctrfluvent dans toutes les religions antiques? Platim, d'ailleurs, voyait là un symbole profond, pourvu qu'on l'inlerprf'le.
Enfin, dans le Théétète, Socrate dit ; < Il n'esl pas possible que le mal soit détruit, parce qu'il faut toujours qu'il y ail quelque cliose de contraire au bien... Il y a dans la nature des cttoses deux modèles, l'un divin et bienheureux, l'autre sans dieu et misérable'. * Il ne s'agil pas ici du chaos ni d'une matière première, au sens mélapbysique de ce mol, mais d'un modèle, d'un exemplaire, d'une Idée.
Platon n'a donc admis en réalité que deux principes coéternels, comme Aristole lui-même nous l'apprend : la matière nue et le bien, lypes de tous les contraires. La matière est un principe entièrement négatii et relatif * ; le Bien est le principe positif, le seul vrai principe. Seulement tout contraire suppose idéalement sou contraire; toute afltrmation implique la possibilité de la négation. Voilà jwurquoi Platon dit : — Il faut qu'il y ait quelque chose d'opposé au Bien. Le Bien est l'Être absolument déterminé; la matière est le non-être ahsolumenl indéterminé. L'un est la réalité suprême, l'autre est le pur possible. Cette possibilité elle-même a son fondement dans quelque Idée divine, et Platon arrive à faire de la matière même, soit «ne Idée {celle de Vautre et du non-ê(re), soit un rapport d'Idées. La matière ainsi réduite au pos-
i. Théét., p. ne, a.
s. L'l]n existe ahsolurnenl d'après Piston, dit Aristote, et l'inOni n'existe que relalivemeiit à l'Idée. Métaph., XIV, 1.
tièle, Plalon la (;nin;oil comme fécoiiJée jm»" la licutHé 8U|iréme. Comment? il ne l'a jjos dit. Est-ce une production réélit;? est-ce une simple JislinclioQ daus l'Uuitèï PliUuii eût [leul-èlre trouve t|n'au fond ces solutions revenaient tiu même, étant également inexplicables. En fait, le monde sensible existe de quelque manière; ratioQDellemeiil, il n'esl que possible en lui-même, il est pure matière ; ratiumielleiiienl tiofisî, il y a une réalilè à laquelle il [(artiei|ie d'une manière mystérieuse ; donc ce qui n'est rien par soi-nràme devient quelque cliose grSce à Iii fécondité du premier principe. Voilà la doctrine de Plalou. Maintenant, est-il nécessaire de donner un nom el Comme nue ctiquelle à son système? Dualisme, création, idéalisme, pantbéismeL «es mots sonores ne sont-ils pas Souvent bien vides? Ce ijui e-st ('«rlain, c'est que, dans le cas [irésent, ils seraient eu troj» précis ou trop vagues pour désigner la doctrine platonicienne.
n. ~- Rapport m- i.a MAnfiit'î ,\ l^ispack.
Dans le Thnée, Platon appelle l'espace le réceptacle de loules les formes et semble le confondre avec la matière, • Cependant, dit Aristole, il a défiui autrement la matière dans ses doctrines non écrites '. ■ 11 y a en effet uu rapport frap|iant entre la notion de la matièi'e conçue comme la possiliililé de recevoir toutes les formes, et la notiuii de l'espace qui les reçoit aussi d'une certaine manière, L'eapace est une n\ultiplicilé iaiinie et en même temps réelle, qui lend possibles la séparation et la division des objets sensibles. En même temps c'est la condition du mouvement. Les deux caractères principaux de la génération, je veux dire la divisibilité et la mobilité, ne sont donc réalisables que dans respuce. Platon a cru qu'il y avait un rapport intime entre l'idée de la possibilité du monde, qui est pro-
l.P/ij/j., 11,2.