‹ La philosophie de PlatonChapitre 136 sur 260 · Paiin., loc, cit · texte numérisé non relu

Paiin., loc, cit

LA PKOVIDBNCB

et non parce qu'il est le bon plaisir des Dieux. C'est la religion philosophique.

< Certaines âmes qui habitent ici-bas, et qui ont reçu l'injustice en partage, flattent bassement, malgré leur férocité, les âmes des gardiens, soit chiens, soit bergers, soit même les premiers maîtres du monde, pour en obtenir, par leurs adulations et par certaines prières d'un charme irrésistible (elles sont du moins telles dans l'esprit des méchants), le droit d'avoir plus que les autres hommes sans qu'il leur en arrive aucun mal. Ce vice, que je viens d'appeler désir insatiable d'avoir plus que les autres, est ce qu'on appelle maladie dans les corps de chair, peste dans les saisons de l'année, et qui, changeant de nom, est connu sous celui d'injustice dans les sociétés et les gouvernements *. ■» Les demandes égoïstes que nous adressons aux Dieux sont donc essentiellement injustes, puisque nous leur demandons de détruire l'ordre et l'harmonie du tout dans l'intérêt d'une de ses parties, et d'être ainsi injustes envers les autres. Faul-il donc com' parer les maîtres du ciel et de la terre < à des pilotes qu se laisseraient gagner par des libations et la graisse des victimes, jusqu'à submerger le vaisseau et les nauloniers » î Faut-il les comparer * à des chiens séduits par les caresses des loups et qui leur abandonnent le troupeau pour le ravager impunément' »? Non, l'ordre de l'univers n'est pas à la merci de nos vœux indiscrets et de nos demandes égoïstes. La Providence impartiale ne se laisse point séduire, et elle donne à chacun suivant son mérite, non suivant ses instances.

La superstition repose sur une fausse idée de l'ordre universel, de la Providence qui y préside, du Dieu infiniment bon qui a formé le monde. Elle prêle à Dieu les vices et les passions de l'humanité ; elle prend au sérieux

Page 1