‹ La philosophie de PlatonChapitre 140 sur 260 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE MAL ET L OPTIMISME

I. Qu'est-ce que le mnl? Peut-il Être déHni ou connu? Le mal DiètaphyBJijue, Sa naltire (l'aprËs Piston. Son rapport ivee lu posfiUtc et la malien?. Sa iiccesiitè conciliée av<?c l'optimisme. — II. Le mol pbysii|ue. Pourquoi les corps .sont corruptibles. — Le mal moral. Pourquoi l'âme est unie à un corps. L'erreur et le vice.

I. t mon fils, tu crois que les dieux exislenl, parce qu'il y a peut-ûlre entre leur nature el la tienne une liarenlé divine, qui Le porte à les honorer et à les reconnaître. Maiii tu te jelles dans l'impiété à la vue de la prospérité qui couronne les enlrejirisQ!! publiques el particulières des hommes injustes el méchanls, prosj)érit6 qui daus le fond n'a rien de réel, mais que l'on s'exagère contre toute raison, et que les poêles el mille autres onl célébrée à l'envi dans leurs ouvrages. Peut-être encore qu'ayant vu des impies parvenir heureusement au terme de la vieillesse, laissanl après eux les enfants de leurs enfants dans les postes les plus honorables, ce spectacle a jelé le trouble dans ton âme. Alors, je le vois bien, ne voulant pas, h cause de cette aflinilé qui t'unit aux dieux, les accuser d'être les auteurs de ces désordres, mais poussé par des raisonnements insensés, comme tu ne pouvais exhaler ton ûidiguatiou contre les dieux, tu en es venu à dire qu'à

LE MAL ET L'OPTIMISUE

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la vérité ils existent, mais qu'ils méprisent les affaires humaines et ne daignent pas s'en occuper *. >

Nous avons vu combien il est déraisonnable d'accuser les dieux d'insouciance. Mais alors d'où vient le mal?

Il est difficile de définir le mal, parce qu'on ne voit pas par quelle faculté l'âme pourrait le connaître directement. Pour Platon, la condition nécessaire de toute connaissance est ou l'identité ou l'analogie du sujet qui connaît et de l'objet connu. Or il n'y a rien en nous qui ne participe au Bien en quelque manière, et l'acte même de la connaissance par lequel nous saisirions le mal serait déjà un bien, puisque toute connaissance est impossible sans une participation aux Idées. Le mal ressemble donc au faux, que l'âme n'aperçoit point d'une vue directe, mais par son rapport d'opposition au vrai. De même, si le mal peut être connu, c'est dans sa relation au bien dont il est le contraire.

Essayons en effet de concevoir le mal en lui-même et comme dans son essence. Pour cela, il:faut le concevoir pur de tout mélange avec le bien. Mais il n'y a aucune détermination positive qui n'implique le bien auquel elle participe. Donc, aussitôt que nous voudrons déterminer le mal en soi, nous le détruirons en y mêlant le bien : ce sera tel ou tel mal ; ce ne sera pas le mal. Existence et détermination sont synonymes. Si le mal est complètement indéterminé, il n'existe pas. L'être n'est-il pas un bien? le mal qui est ne devient-il pas bon en quelque sorte par son existence même? ne cesse-t-il pas d'être le mal en soi, le mal sans mélange, le mal absolu? Chose étrange, au moment où vous voulez saisir l'essence du mal, cette essence vous échappe et s'évanouit dans l'indétermination absolue. L'essence du mal, c'est de n'en point avoir.

Le mal absolu, le mal en soi n'existe donc pas. On peut défier l'intelligence humaine de lui donner une forme,

l. Lois, X, 889, sqq. — Cous., p. 206, sqq.

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qiiellt^ (Hi'ello soil. Direz-vfuts que IVxislenct» corpnrdle o>l h mal? Mais d«us le wtvjts Ifi jiliis vil ', h plus pIp- Winiluirc, 1*' |»liis ]wii\Tf' trîilli'ihiils, il y o déjà C('[it'n(Jaiil l'iinajti' cotifiisii (II-; (]iii'linn'. Idr-e, un cerlniii ftnhc dp |i!trlit's, uijtj cerlaiiin espèce di^ ihotivomioiïI (jiii .sii|)|i(ist' h [U'cseuee de quelque force rar>lrice. La roirc, la funue, i'urdrc, n'est-ce pos di^jn le bien? Le seul Tail que vuus t^diiùîiisseï iiufi chose prouve qu'il y « en elle nu éléuienl intelliplile, un élémeiil de bLinlé, un rellel île Tiu- (elligeuce même, comme un rayon de knnière divine qui le l'enri visible à vos yeux. Nous concevons le inul absolu comme uous voyons les lénèbres, par l'absence de toiile vision. Penser nu mal, c'esl nier toute pensée, c'est ne penser » rieu '.

Il ne faut donc [)as dire que. le mal est le corps, ou qu'il est l'eireur, ou r[u'il est le vire. Ce sonl Ift des nianx, soit, mais non le mal. Bans l'ei-reur, il y a un acte positif de rinlelligence qui iiroml un objet poni' un autre, etloul exercice de l'inleUij^ence implique le bien ' . Dons le vice, il y a un mauvais usage des forees de l'ame, qui sont bonnes en ellesniènies. Nous ne connaissons donc que tel on t«l mal, ainsi que telle matière. Le mal est la malièro même, e'esl-ii-Jire le non-fttre, que nous concevons pfir un raisomiement indirect et bâtard, X&Yn^cik w'io;*. Etencjie la raolièfe même n'est pas le mal obsulu, car elle n'est [las le nénnt absolu, qui 8U]qiiiujiTait Dieu même. La malièic est lo possible, le eontitigent. Elle n'est ])as, mais elle peut (Mro, et c'est déjà un bien. Ce bien, elle le lient de Dieu, car e'e.it Dii'u qui fonde la possibilité du ]iûssiblc; il y a don/ en Dieu mflrae quelque poi-feelion. quoique Idée d'où résulte cette possibilité : c'est l'Idée du uou-ôlrs

!. l'aim., lao.

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