Thêétèie, 34, b
S. Munéadetf 1, vi, S.
L'IMMOUTAUTÉ
détruire, à moins que ce mal étranger ne fasse naître en lui le mal qui lui est propre », c'est-à-dire la maladie corporelle. « Par la même raison, à moins que la maladie du corps n'engendre celle de l'âme, ne disons jamais que l'âme, qui ne partage pas le mal du corps, puisse périr par un mal étranger, mais seulement par l'intervention du mal qui lui est propre. > Reste à savoir quel est le mal de l'âme. Ce ne peut être, selon Platon, que le mal moral ou l'injustice, cette discorde intérieure, cette maladie par laquelle les diverses fonctions de l'âme entrent en lutte. Or la corruption de l'âme, si grande qu'elle soit, ne peut la tuer et la détruire : la méchanceté n'atteint pas l'âme dans son fond et ne peut être jamais la mort complète de l'âme. Comment donc la mort physique, < ce mal destiné par la nature à la destruction d'une autre substance, pourrait-il faire périr l'âme? Il est évident qu'une chose qui ne peut périr ni par son propre mal, ni par un mal étranger, doit exister toujours, et que, si elle existe toujours, elle est immortelle. »
Si l'injustice ne peut détruire l'âme, la justice, de son côté, étant le bien de l'âme et la réalisation de son essence, renferme en elle-même et par elle-même l'éternité. Nous n'avons donc pas besoin d'un principe autre que la justice même et qui communiquerait extérieurement à l'âme la vertu de subsister toujours. La justice est une immortalité intérieure, qui, dès cette vie périssable, nous assure une vie indestructible. La mort, selon Platon, ne fait que dégager et délivrer cette divinité qui était déjà dans l'âme. Ceux qui verraient Glaucus le marin recouvert de la fange et des herbes de l'Océan auraient peine à reconnaître dans ce monstre la figure d'un dieu : « Ainsi l'âme se présente à nous défigurée par mille maux; mais voici, mon cher Glaucou, ce qu'il faut envisager en elle. — Quoi? — Son amour pour la vérité. Il faut faire réflexion aux choses vers lesquelles elle se porte, aux objets dont elle recherche le commerce, à
celle liaison élroile qu'elle a nalurellement avec lout ce qui esl divin, immortel, impérissable, el à ce qu'elle doit devenir lorsque, se livrant tout entière à celte poursuite sublime, elle s'élève par un noble effort du fond de celle mer où elle esl plongée, et se débarrasse des cailloux ou des coquillages qui s'attachent à elle par la nécessité oii elle est de se nourrir de choses terrestres, nécessité dont tant de gens s'applaudissent comme d'un bonheur. > Ainsi, selon ce poétique symbole, l'âme, comme un dieu intérieur, en se séparant du corps dès cette vie, s'apprête à rejeter enfin avec le corps lui-même tout ce qui cachait aux regards sa beauté immortelle.