‹ La philosophie de PlatonChapitre 152 sur 260 · L'IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

L'IMMORTALITÉ

la mort ne reproduisît pas la vie, la mort régnerait bientôt seule sur l'univers anéanti. La vie n'a rien a craindre de la mort, ni l'âme par conséquent, qui est le principe de la vie môme. Tel est le cercle éternel de la génération : xûxXo) TtipifovTa; tel est le rythme sans fin des métamorphoses, dont la palingénésie n'est que l'application à l'âme : tout se transforme, rien ne s'anéantit '.

Cette première partie de la preuve pythagoricienne a besoin d'être complétée. On pourrait objecter en effet que, dans ses métamorphoses et ses transmigrations, l'âme a perdu le souvenir de l'existence antérieure ; dès lors, ce n'est plus vraiment la même personne qui renaît : la substance fût-elle éternelle, la personnalité est éphémère.

Platon a prévu cette objection, et, pour y répondre, il ajoute à la préexistence pythagoricienne la doctrine de la réminiscence, d'où il tire une preuve nouvelle de l'immortalité.

Apprendre, dit-il, c'est reconnaître, en regardant en soi, qu'une chose est vraie, belle ou bonne; apprendre, c'est donc comparer les choses à une certaine mesure qu'on porte en soi-même. Par exemple, comment puisje dire que telle figure est plus belle, telle autre moins belle, si je ne les rapporte pas toutes les deux à une commune mesure, qui est l'idée et le type de la beauté? De même, pour trouver que l'égalité est réelle entre deux choses, il ne me suffit pas de les comparer entre elles, il faut concevoir, selon Platon, un troisième terme qui est comme l'unité de mesure : ici, c'est une certaine idée de l'égalité parfaite que nous portons en nous.

Or, apprendre étant reconnaître, et reconnaître étant connaître de nouveau, il faut que nous ayons primitivement en nous-mêmes quelque connaissance enveloppée et obscure de cette vérité absolue, de cette beauté absolue,

l.Phidon, ^0,^^, chap. xv-xvu. ÂrUtole, Mélaphysiqite,XVï,i.

Page 1