‹ La philosophie de PlatonChapitre 156 sur 260 · Phédon, cti. xzxvn · texte numérisé non relu

Phédon, cti. xzxvn

tA PHILOSOPHIE DK PLATON

plusieurs organismes, Ciinime une llammc qui a clooaé toute sa chaleur.

Pour résoutfre cellR difficulté, Platon montre qu'il faul comiiiilre plus à fond non pas les rapports de l'âme avec (es autres êlres, soit inlelligibles, soit sensiljles, mais son i.'ssenœ même : sans cela, on ne saura jo niais si cette essence ne cache pas en elle un germe de mort. En d'aul:es (crines, il faul revenir aux Idées pour leur demander la certitude de b science ; il faul chercherce qu'est l'àmcdans son Idée môme. Plalon, après avoir parcouru les doctrines de ses prcdcccsseiirs, nous amène ainsi enfin à sa théorie propre.

Pour mieux marquer les caractères essentiels de sa méthode et de sa doctrine, Platon met d'abord dans la bouche de Socrate le récit de diverses phases par lesquelles sa pensée propre s'esl peu h peu développée. Nous voyons se succéder tour à tour, dans ce récit, l'explication ionienne du monde par les causes eriicientes, l'explication socratique par les causes finales, et enfin l'expUcalion puiement platonicienne par les causes essentielles ou idées.

• 11 est incroyable, dit Socrale, quelle passion j'avais dans ma jeunesse pour celle science qu'on appelle la physique; car je trouvais admirable de savoir les causes de chaque chose, ce qui la fait uaîlre, ce qui la fait mourir, ce qui la fait être... Je portais ma curiosité jusqu'aux cieux et jusqu'aux abîmes de la terre pour savoir ce qui produit tous les phénomènes... A la lin, je me trouvai aussi malhabile qu'on le puisse Sire dans toutes ces recherches, » Socrate s'élait aperçu, en effet, que la physique étudie seulement les conditions sans lesquelles un phénomène ne pourrait se produire, mais non les vraies causes de ce phénomène. » Enfin, ayant entendu quelqu'un hrc, dans un Uvre qu'il disait être d'Anaxagore, que la cause et la loi de toutes choses est l'inteiligeucc, j'en fus ravi. Il me parul admirable que l'intelligence fûl la

L'iMMOhTALITÉ

cause de tout, car je pensai que l'intelligence, ayant disposé toutes choses, les avait arrangées pour le mieux. Si quelqu'un veut savoir la cause de chaque chose, ce qui fait qu'elle naît et qu'elle périt, il n'a qu'à chercher la meilleure manière dont elle puisse être. » Socrate indique ainsi « le principe du meilleur » , c'est-à-dire le principe des causes finales, dont il veut substituer la recherche à celle des causes mécaniques. « Je pris donc les livres d'Ânaxagore, continue Socrate; mais quelle ne fut pas ma déception ! Je vis un homme qui ne faisait intervenir en rien l'intelligence et qui ne donnait aucune raison de l'ordre des choses, mais qui, à l'intelligence, substituait l'éther, l'air et l'eau. Il me sembla parler comme quelqu'un qui dirait : < Socrate fait par l'intelligence tout ce « qu'il fait >, et qui ensuite, voulant rendre raison de chaque chose que je fais, dirait qu'aujourd'hui, pai exemple, je suis assis ici sur mon lit, parce que mon corps est composé d'os et de nerfs... au lieu de dire que, les Athéniens ayant trouvé meilleur pour eux de me condamner à mort, j'ai trouvé meilleur pour moi d'être assis sur ce lit et d'attendre tranquillement la mort qui m'est imposée... Que l'on dise que, si je n'avais ni os ni nerfs, je ne pourrais faire ce que je jugerais à propos, à la bonne heure. Mais dire que ces os et ces nerfs sont la cause de ce que je fais, et non pas le choix du meilleur, c'est ne pouvoir pas faire cette différence qu'autre est la cause, et autre la condition sans laquelle la cause ne serait jamais cause *. > La condition de l'action est toute mécanique, la raison de l'action est toute morale.

Le ton de ce récit indique qu'il a une valeur historique et qu'il représente avec exactitude la révolution opérée dans l'esprit de Socrate par la lecture d'Anaxagore.

Après avoir ainsi déterminé le point de vue propre à Socrate, Platon laisse entrevoir le point de vue nouveau

Page 1