P/mlon, cil. XLis ol auiv
l'iuhortalité
L'Idée de l'âme exclul donc l'Idée de mort ; et comme loulo âme porliculicre tient son essence même de sa participation à cette Idée, toute âme exclut la mort. Dire que l'àrae est mortelle, c'est aussi contradictoire aux yeux de Platon que de dire : le nombre trois est pair.
Ce raisonnement subtil du Phédon n'a pas toujours été bien compris. Ce qui peut ici induire en erreur, c'est que, d'après la doctrine habituelle de Platon, une chose peut participer à la fois à deux contraires. Mais, il ne faut pas l'oublier, cela n'est vrai que des qualités de cette chose, non de son essence. L'âme, par exemple, peut être bonne ou mauvaise, belle ou laide, parce que toutes ces choses ne constituent pas son essence même ; mais elle ne peut être périssable, parce que son essence est la vie. S'il n'y a pas de contradiction à dire : l'âme est bonne ou mauvaise, belle ou laide, il y en a une à dire : l'âme, dont l'essence est la vie, est mortelle.
Platon en conclut que, pour celui qui remonte à l'Idée ou à l'essence des choses, la vie est essentielle à l'âme. La mort sensible et la vie sensible ne fout qu'exprimer par leur succession perpétuelle l'éternité de la vie intelligible, c'est-à-dire de la vie divine dont nos âmes elles-mêmes sont la participation. Nous sommes immortels dans notre Idée.
Du reste, cette participation à la vie éternelle admet des degrés, selon Platon : celui dont l'âme est plus pure, plus voisine du bien, plus semblable à son Idée, celui-là vit davantage de la vie étemelle ; au contraire, plus l'âme se rapproche de la matière et se confond avec les choses sensibles, moins elle emporte avec elle de ces richesses qui ne sauraient périr.
Les arguments qui précèdent ont un caractère tout métaphysique : ils sont des applications diverses de la théorie des Idées, et considèrent les choses dans leur essence même. C'est beaucoup moins à la conscience qu'à la raison que les preuves du Phédon sont empruntées. Si
LA PHILOSOPHIE DE PLdTON
Platon parle tle la siniplicilé et rie l'ideiililti de l'ome, il entend moins [wir lii la simplicité, l'iilenlité de la ronsciencc personnelle, que eelle de la raison, qui a un caractère presque impersonnel. S'il s'uppuie sur la milirm de la science et de la réminiscence, c'est ]iour nous montrer la raison antérieure el supérieure aux corps qu'elle anime, et p()rlant en elle-mt'me réternelle vérité. S'il décrit le mouvement des contraires, qui fait succéder la vie n la mort, la mort à In vie, c'est qu'il conçoit la contradiction comme la loi métaphysique du monde sensible, el le mouvement comme un trait d'union entre deux Idées opposées. Quand enlin il s'elTorce de pénétrer dans l'essence la plus intime de l'âme, c'est par !e principe métaphysique de l'exclusion des contraires au sein de l'essence idéale. Vivre et se mouvoir sans cesse lui paraît la définition même de l'âme ; mais c'est lit encore une spéculation toute métaphysif|ue sur les rapports de la génération moliile avec ses princi|)es immu.-ibles. La conclusion de tous ces arguments, c'est que l'àme est indestructible dans l'unilé de son essence et dans ses fonctions essentielles ; mais l'est-elie dans sa personnalité? Platon nous a prouvé réternilé delà raison, qui est plutàt universelle qu'individuelle, el de l'aclivilé motrice, qui est pour lui identique à l'intelligence, parce que la pensée est un mouvement spontané; il y a donc en nous une raison impérissable el une source intarissable de changements; mais ces chaugemeuts mêmes ne doivenl-iEs pas nous inquiéter? sommes-nous bien sûrs de conserver notre personnalité propre au milieu des métamorphoses de la vie universelle? Platon ne dil-il pas lui-même, dans le Tinxée, qu'une de nos âmes est murtelle, celle qui comprend le ùu-iiq et le to (■K-Awj.-nv.xiv, et que l'iinie ce 'este seule ne l'csl pas, parce qu'elle est raisonnable, parce qu'elle est la raison même? Mais, eucore une fois, ma raison est-elle moi-même, et suf(it-il qu'elle subsiâle pour que mon individualité et ma personnalité subsiâtent également?
l'immortalité
On le voit, Platon ne séparait pas ou ne distinguait pas la raison de la conscience, comme le font beaucoup de modernes. Selon lui, plus on est raisonnable, plus on a conscience de soi et de son éternité. L'âme rentre peu à peu >lans son Idée par la vertu, et son Idée, au fond, c'est son essence même, qui n'est pas loin d'elle, mais en elle. En un mot, la vie raisonnable est pour Platon identique à la vie vertueuse, à la vie éternelle.
Demande-t-on comment, d'après cette doctrine, s'accomplit l'expiation ou la récompense? Platon répondra qu'elle s'accomplit dans l'âme même, et par l'âme même : être juste, c'est porter en soi, avec la justice, l'ordre étemel , l'ordre divin , la divinité même. Est-il besoin d'une autre récompense? L'être qui est en possession de sa propre essence n'est-il pas en possession de son vrai bien?
Dans le mythe du Gorgias, Platon présente l'expiation sous une forme symbolique. L'âme doit être punie ou récompensée selon ses œuvres, et la justice humaine est incapable d'accomplir entièrement la loi de l'expiation. Les juges de la terre, revêtus d'un corps, jugent des âmes également revêtues de leurs corps, et les jugent trop souvent d'après leur enveloppe extérieure. Il faut une autre justice ; il faut une âme qui s'adresse à l'âme face à face, sans intermédiaires, et prononce sa condamnation ou son absolution par un décret infaillible : l'Âme divine '.
C'est l'habitude de Platon d'ajouter à ses doctrines métaphysiques des mythes poétiques. Presque tous les mythes platoniciens ont rapport à la destinée et à l'éternité des âmes, parce que c'est la question la plus obscure de la philosophie, et que, d'autre part, ces mythes faisaient le fond des mystères et des traditions religieuses. Platon s'empare de ces traditions orientales et y ajoute