Met., XIV
LE PRINCIPE DE L'INTELLIGENCE
l'obstacle était dans le mélange de toutes choses entre elles : l'humide avec le sec, le chaud avec le froid '. »
< L'infini, ajoute Ânaxagore, est immobile de sa nature, et cela parce qu'il est renfermé en lui-même; rien autre chose ne l'environne, et partout où il est, il y est par sa propre nature '. » On voit qu'il s'agit d'une chose réellement infinie dans l'espace, continue et pleine, qui de toutes parts se fait équilibre à elle-même. Tel est le théâtre où vont se produire les phénomènes sensibles, le réceptacle de toutes les formes, qui rappelle le lieu indéfini de Platon, également continu, divisible et saiis bornes, mais toujours avec cette différence que Platon y verra plutôt un « rêve » qu'une réalité, tandis qu'Anaxagore y voit la réalité matérielle.
II. Immobile dans son tout, le mélange peut se mouvoir dans ses parties; mais il ne peut s'imprimer le mouvement à lui-même. Quel est donc le principe qui a ébranlé l'univers informe, pour lui donner les formes de l'ordre et de la beauté?
Ce n'est pas le hasard, cause impénétrable à l'esprit humain ' ; ce n'est pas le destin, mol vide inventé par les poètes * ; c'est quelque chose d'analogue au principe qui meut et gouverne un corps animé * ; c'est l'intelligence : voûç eXOwv TrâvTï 8iexô(7[ji7i«'. On reconnaît le démiurge du l'imée ; mais Anaxagore ne parle pas du modèle étemel qu'imite l'ordonnateur du monde. Il a connu l'intelligence ; il n'a pas connu l'intelligible.
€ L'intelligence est infinie (areifov) » , c'est-à-dire présente à l'immensité tout entière. * Elle est indépen-