THÉORIE DE L'ART
des formes et des lois mathématiques, parce qu'elles éveillent l'idée de l'ordre, qui elle-même est un des trois < aspects > principaux du bien '. Or le mouvement et le son, plus que tout le reste, sont soumis aux règles mathématiques. D'autre part, le moraliste s'unit toujours dan& Platon au mathématicien, d'autant plus que l'idée d'or» dre et de règle domine en morale. A ce nouveau point de vue, le chant et la danse obtiennent encore les sympathies de Platon, car c'est dans la voix et les mouvements que se reflète avec le plus de netteté la beauté ou la laideur de l'âme.
< En quoi donc ferons-nous consister la beauté d'une figure ou d'une mélodie? Dis-moi, les gestes et le ton de voix d'un homme de cœur dans une situation pénible et violente ressemblent-ils à ceux d'un homme lâche en pareille circonstance?... Toute figure, toute mélodie qui exprime les bonnes qualités de l'âme ou du corps, soit elles-mêmes, soit leur image, est belle : c'est tout le contraire si elle en exprime les mauvaises qualités '■ »
C'est à cause de l'harmonie que l'ouïe a reçu la faculté de saisir les sons musicaux. « Quand on cultive avec intelligence le commerce des muses, l'harmonie, dont les mouvements sont semblables à ceux de notre âme, ne parait pas destinée à servir, comme elle le fait maintenant, à de frivoles plaisirs ; les muses nous l'ont donnée pour nous aider à régler sur elle et à soumettre à ses lois les mouvements désordonnés de notre âme, comme elles nous ont donné le rythme pour réformer les manières dépourvues de mesure et de grâce de la plupart des hommes *. > La voix humaine est donc l'instrument musical par excellence. Aussi Platon rejette l'emploi des instruments sans voix humaines, qu'il appelle