Lois, ib
nn chai'latanisine et une barbarie. < Jamais les Muses ne mt'Ieraient ensemble des cris d'animaux, des voix humaines v:l des sons d'inslrumenls. » C'est avilir l'art que de préli>ndre à l'imitalion grossière des sons de la nature ou des cris des animaux. La voix, organe de l'âme, peut seule parler à l'âme.
Cette analyse aboutit à une remarquable définition de lo musique : C'est Fart qui, réglant ta voix, poste Jusfftt'à l'âme et lui inspire le goût de la vertu.
La vertu, tel est le but de la musique, comme de tous lé!; arts. * Jamais personne n'osera dire que les danses et k's chants du vice soient plus beaux que ceux de la vertu, ni qu'il prend plaisir aux figures qui expriment le vice, taudis que chacun se plaît à la Muse opposée. Il est vrai pourtant que la plupart mettent l'essence et la perfection (h'. lu musique dans le pouvoir qu'elle a d'affecter agréa- Idcment l'âme. Mais ce langage n'est point supportable. > Voici la source de nos erreurs sur ce point. Comme la dntisi; et le chant ne sont qu'une < imitation des mœurs >, ceux qui sont témoins de danses analogues au caractère qu'ils ont reçu de la nature et de l'éducation y prennent plaisir et disent qu'elles sont belles. Les âmes saines se plaisent au spectacle de la véritable beauté, mais c'est le contraire pour les âmes corrompues.
La musique efféminée et la danse impudique ne sont donc propres qu'à augmenter la corruption des méchants et à corrompre les bons eux-mêmes, car on devient semblable à l'objet de sa contemplation, de même qu'on ressemble à ceux avec qui Fon aime à vivre.
En face d'un tel danger, l'État, gardien suprême de la morale dans le système politique de Platon, ne peut demeurer indifférent. Il faut qu'il intervienne pour soumettre à des règles la musique et la danse et pour les ramener à leur véritable but. La fin de l'art, nous le savons, n'est pas le plaisir, mais l'Idée : plus il est voisin du plaisir, plus il se corrompt ; plus il se rapproche de
THÉORIE DE l'art 2S
l'Idée, phi8 il s'épure. Or le plaisir est chose mobile, ainie dn changement et de la nouveauté, tandis que l'Idée est immuable. Toute innovation dans les arts est donc un hommage rendu, non à l'Idée, mais au plaisir. La Muse qui cherche son succès dans la variété des jouissances est une Muse flatteuse, et par là même corruptrice ; car, nne fois qu'on a laissé le plaisir prendre le dessus, son insatiabilité ne fait que s'accroître, et il n'est satisfait que quand le second élément de l'art — l'Idée du beau — lui a été complètement sacrifié.
Telle est la transition par laquelle Platon aboutit à proscrire sévèrement toute innovation artistique. D prend l'Egypte pour modèle, l'Egypte où depuis dix mille ans les ouvrages de peinture et de sculpture n'ont pas changé, l'Egypte où les mélodies sacrées se sont conservées intactes depuis le jour où Isis les enseigna aux prêtres de son culte. Ainsi, par une réaction exagérée, quoique naturelle, contre les excès et la licence des artistes grecs, le sentiment hellénique de la liberté, de la personnalité et du progrès, fait place chez Platon à l'esprit absolu et immuable de l'Orient.
Platon traite moins favorablement la poésie que la musique et la danse. II fait dans le Phèdre et dans l'/on l'éloge du délire, mais l'ironie est bien près de l'éloge.
Il y a, dit-il, quatre espèces de délire : celui de l'amour véritable, qui, loin d'être un mal, est la source des plus grands biens; celui des initiés, lorsqu'ils célèbrent les mystères et participent à la connaissance des vérités qu'ils renferment ; celui des prophètes et des prêtresses inspirées; et enfin le délire des grands poètes, envoyé par les Muses. ( L'inspiration, remplissant une ftme délicate et pure, l'anime, la transporte et lui fait chanter des hymnes ou d'autres poèmes à la louange des anciens héros; par là, elle sert à instruire les races futures. Mais celui qui approche du sanctuaire poétique des Muses sans être possédé par le déhre, et qui se persuade que l'art suffit
pour faire un poète, n'atleiadra jamais la perreclion : sa froide (loêsie sera toujours éclipsée par celle du poète inspiré'. • PlatoD, encore jeune sans (Inute quand il écrivit le Phèdre, où la poésie se mêle à la philasophie, n'avait pas encore {lour l'art des Muses le dédain qu'il eut plus lard. Dunts Vfon, l'ironie se mêle à l'éloge. L'entliousiasme poéliclue ressemble à la vertu de l'aimant qui se commu< pique d'anneau en anneau. La Muse cIle-mAme inspire le poêle, et, celui-ci cummuniquaul â d'autres l'inspiration divine, il se forine une eliaintf d'hunimes inspirés. Le poète lyrique est cumnn' la bacchante qui, après avoir perdu la raison, est traiis}>urlée dans un monde supélieur et puise à des fleuves de lail ou de m\e.\. i Le poète est un iMre léger, ailé et sacré ; il est incapable de «imposer à moins que l'enlliousiasme ne le saisisse, ne le jette hors de lui-même et ne lui fasse perdre la raison*, i
Ce délire, que Platon appelait dansie Phèdre un délire divin, est représenté dans la lîépattlique et dans les Lois comme une dangereuse folie. iMors même que le [Kiëte sent le beau, il le sent en aveugle et ne le connaît pas. Or celui qui a tout à la fois la science et le sentiment du beau est bien supérieur à celui qui n'a que la science seule, ou le sentiment sans la science '. Ce dernier cas est celui des poètes, du moins des poètes < imitateui's >. D'après Platon, ils ne s'inquiètent que d'imiter, et « il n'est nullement nécessaire pour cela qu'ils connaissent si leur imitation est belle ou non '*.
« Pénétrons jusqu'à celte partie de l'âme avec laquelle la poésie iinitalive a un commcFue intime, et voyons si cette partie est bonne ou mauvaise. . . Quand nous entendons réciter les endroits d'Homère ou de quelque autre poète tragique, où l'on représente un héros dans l'afllictioa,