Stob., EcL. l
PRINCIPE DES NOMBRES INTERMËDUinES 293
au nombre abstrait; Platon remonte au nombre réel, qui est l'Idée.
Les Pythagoriciens font du nombre mathématique un élément; Platon le regarde plutôt comme un rapport, comme une manière d'être toute relative, et c'est poui cela que le monde mathématique lui paraît insuffisant.
Pourtant les Pythagoriciens eux-mêmes, au-dessus des nombres, conçoivent fe nombre; et Platon sur ce point est d'accord avec eux. Le nombre en soi est l'Unité, et l'Unité est le principe de toutes choses. Cette Unité première n'est pas suppressive de la pluralité; elle en est au contraire la condition, et il y a un terme primitif où se trouvent conciliées d'une manière mystérieuse les oppositions qui éclatent dans la nature. Sur tous ces points, il y a accord entre les Pythagoriciens et Platon.
Mais quelle est la nature de l'Unité première? — C'est ici que la dissidence est profonde.
Pour Platon, le principe suprême est le Bien, le Bien pur de tout mélange, de toute imperfection, de tout mal. Au contraire, le Dieu de Pythagore est un mélange du bien et du mal, germe de toute perfection, mais aussi de l'imperfection; il est le pair-impair, le fini-inlini, le déterminé-indéterminé, le mâle-femelle, le bien-mal.
Sans doute, Platon et Pythagore conçoivent également Dieu comme l'unité, et même comme une unité qui réconcilie les contraires; mais ils conçoivent bien différemment cette conciliation. Pour Pythagore, elle est un mélange ; et par conséquent Dieu est un tout dont l'un et le multiple sont comme les parties. Le Dieu de Platon, loin d'être un mélange, est le Bien sans mélange ; et c'est précisément sa perfection qui rend l'imperfection possible comme une image de Dieu même ; c'est la réalité éternelle de son être qui fonde la possibilité d'une existence empruntée à la sienne. Dieu est l'être positif; le non-être ou la matière est quelque chose d'essentiellement relatif; Dieu est le réel, la matière est le possible,
LA PHILOSOPHIli DE PLATON
et le jKHisiliIe a un ruUun dans li niul. Duuc Dii-u n'est
pas un niL'Iaiijfc ilVUre et di? mm-iHi'c, «le rwililé et de possibililc. Plu Ion eouçoit les deux termes, ètj-e et noQètre, réalité el [wssibilité, non comme placés sur une mAiiic. ligne, mais corame subordonnes l'un à l'autre, bien en lui-même n'est donc pas l'unité du ]m;n et du mal : il e^l esscnlielleinenl el uniquement le bien ; quant au m.tl, (|ui n'<»st auli'O chose que l'iiupeiTecUon, il a sa eunililiun iltins le biou, dont il n'est qu'une purlieijiutiuu iui'oni|iléte.
, Encore une fois, le Dieu de Pylbagore est l'unité du bien et du mal : le bien pur, séftaré du mal. «st quelque chose d'ultérieur. Le Dieu de i'iuloii est le Bien pur. chose primilive; cl c'est le nièlauge du bien et de l'imperfeclion qui (;st ullérieur.
(Jr celle différence des deux systèmes entraîne de graves conséquences.
Le Dieu des Pythagoriciens semble un germe qui se développpe, comme le remarque forl bien Arislole '. Le bien n'esl donc en Dieu qu'en puissance; le hien oe s'actualise que dans la respiration iulinie qui est la vie du monde. Le Dieu de Platon est au contraire rélernelle actualité du Bien, enveloppant toutes les formes de la perfection, qui sont en même temps les formes de l'inlelligence : les Idées. C'est par les Idées que le mnn<le est possible; el les Idées à leur lour, détermimilions de l'être
1. Aristote n'attribue nullement cette doctrine à Platon; it ta rapj)roclie seulement du système nuljplatonïcien de Speusippe. Je Jis anti(ilFilanicien,putsqoe ce disciple dé Ploton rejeta entièrement les Idêtis. (Voyez plua loin notre chapitre sur Spcosïfipe.) D'ajirès .Yristote, le platonisme est la iloctrine de l'unité identique au tiico réel; le pytliagorisnie et Speusippe rajj;ardent l'unité comme identique à la. virtualité du bien et du mal. Ce n'est paa que ce second point de vue manque dans Plriton, mais il y est subordonné au premier ; l'Unité est la virtitnlilé absolue du monde parce qu'elle est en soi la réalité ahsoliu!. I'i>ol-(Hre etnit-ce aussi, dans le fond, la pensée encore obicure de plusieurs pythiigorJciens.