‹ La philosophie de PlatonChapitre 204 sur 260 · LE PBINCIPE DE L'UNITÉ · texte numérisé non relu

LE PBINCIPE DE L'UNITÉ

rapport d'exclusion absolue enlre l'être et le non-être rend le monde impossible. Platon accepte donc l'unité des Ëléates, mais il la féconde en y introduisant les Idées.

I. Déjà on trouve dans Xénophane une dialectique déductive qui rappelle la première thèse du Parménide. Xénophane établit l'absolue unité de Dieu, d'abord par rapport à d'autres dieux qu'on pourrait supposer, puis par rapport au monde, qui n'existe réellement pas.

« S'il existe quelque chose, dit Xénophane en appliquant ceci à Dieu, il est impossible qu'il ait été engendré ; car il faut que ce qui est engendré soit produit par le semblable ou le dissemblable; or il ne convient pas plus au semblable d'être produit par le semblable que de le produire, puisque le semblable ou l'égal est dans un rapport d'identité avec le semblable. Il ne convient pas non plus au dissemblable d'être produit par le dissemblable ; car, si le plus fort naissait du plus faible, le plus grand du plus petit, le meilleur du pire, ou, tout au contraire, si le pire naissait du meilleur, l'être sortirait du non-être, ou le non-êtrè sortirait de l'être, ce qui est impossible : Dieu est donc étemel '. »

L'argument de Xénophane se retrouvera textuellement dans Spinoza, qui démontre que deux substances ne peuvent être cause l'une de l'autre, qu'elles soient semblables ou qu'elles soient dissemblables. Rien n'est plus logique si l'on entend, avec Xénophane et Spinoza, deux

1. 'AîiivOT^v frjsiv elvai, et tî èart, -(iviaiai, Toûto \lyiav èitt TOV 6eoO- 'Avifnri yàp rftoi i^ i|i,oîc<>v t| è| àvoiioiuv YEvéaOat tb fstà^viov SuvaTOv Si ouSéTcpov oSre fàf Spioiav û<p' âjioiou icpo- <rqxeiv TEXV(û6r;vo[i |x5XXov ri TExvôiffai- Taûta if«P «tavTa toïç ft ïooiç Ti àfioloii inâpxEiv itpôç âXXriXa" out' av È5 ôvojioi'ou oCx' àvo|ioiov •(ivMar el ^àp ^lyvoiTO cÇ à(r6evevcépo'j tô iax^fozifov, ï| ii èX«TTovo; tô (ieîîov, ri èx -/Eipovoç tô xpEÏTTov, î| Toùvavtiov Ta X^'P'' ^* ■^'*^ xpiiTTdvuv, TÔ ôv il OÙX ÔVTO;, îj TÔ oùx ôv II ô'vTOî ffiiaict:- oTtEp àSûvaTov dtiîiov (lèv ouv 8ià taÛTa eîvai tôv Oeôv. (Arist., De Xenoph., Zenone et Gorgid.)

sot

LA PHILaSOPIIIB DE PLATOX

subslanccs abeolupH et parfailes. Pour ces subslances, en ofTcl, In siiiiililtuk' Psl t'idciililr, ol l'ifliiililr, li*s rcnilant imliscoi'HîiItlt'S, S(> rcsniil |potir nous en iinilê, Donr. un ";lrf alisiilu rif pi'iil ]jro<luire un uulre l'Ire olisoiu, «jiii lui stTiiil itienliqiic. D'ûulre fmrl, iltnix absolus dlITêrenls dp pcuveiil se produire I'ud l'uulre, puisque ce qui sera dans It! seoHid, n'ayant rien d'analngue dans le [tremier, n'y aur» [Miinl su luison înlelli^'ilde; il faudra donc dire rjue ce qui est dans la second sans iHre duns le premier esl sans couse et vient du non-ôtre. En d'aulres termes, trmt élant absiilu dan-i l'absolu, un second Dieu est uhi^rdumeut ou n'est pas absoluinenl ee qu'est l'autre Dieu. Dans le [ire • niier rus, les deux Dieux se confondent. Dans le second, ils se séparent an point que l'un est la négation de l'autre et que si l'un est, l'anlre n'est pas : l'un ne [leut plus être la cause de l'autre ; le second esl donc sans cause, et comme le premier esl l'tMre, le second s sa cause dans le non-ètre, ce qui esl îdisurde.

Xénii|»bane démontrait encore d'une aulre manière l'unité absolue de l'Ltre qui est la perfection et la plénitude de l'être ; là encore il devanci^ Platon et Spinoza : « Si Dieu est ce qu'il y a de plus puissant, Xénopbane rlit qu'il doit être un ; car s'il était deux ou plusieurs, il ne sérail pas ce qu'il y a de plus puissant et de meilleur. Ces dilTérenls Dieux, étant égaux entre eux, seraient cliacun ce qu'il y a de plus puissant et de meilleur; car ce qui constitue un Dieu, c'est d'èlre le plus puissant, et non d'être surpassé en puissance; c'est de gouverner seul toutes choses * : de sorte que, si &ieu n'est pas ce qu'il y f^ de plus puissant, il n'est pas par cela même. Si l'on suppose qu'il y en a plusieurs, ou il y a entre eux des inférieurs £l des supérieurs, et alors il n'y a pas de Dieu, car la

.t.Ka\ irivtet xpateïoflai eîvoi. Cug mots soQt iDÎntelligiblea. FaUcborn propose de tes retranclier. Brarjdia tit ; K«'t itoXXà jtpattîoOai «îvTi, c'est-A'dire, ko'l 7HiÀ).à eîvii ûtts xpatciiOai. MM. Uoissorade et Cousin :« «'' tdvtpi xpauïaOait iï(.

LE PRI^ICIPE DE l'unité

nature de Dieu est de ne rien admettre de plus puissant que soi ; ou ils sont égaux entre eux, et alors Dieu perd sa nature, qui est d'être ce qu'il y a de plus puissant : car l'égal n'est ni meilleur ni pire que son égal ; de sorte que, s'il y a un Dieu et s'il est tel que doit être un Dieu, il faut qu'il soit un ; sans quoi il ne pourrait pas tout ce qu'il voudrait : car, si l'on admet plusieurs dieux, chacun d'eux pris à part est sans puissance '. >

Platon a accepté et rfeproduit toute l'argumentation qui précède, mais il n'a pas accepté l'application que Xénophane en faisait au monde.

Xénophane, après avoir montré que Dieu ne peut être engendré et qu'il est l'être, en concluait que rien n'est engendré, parce que tout ce qui n'est pas Dieu est nonêtre. Il eût dit comme Spinoza : — Vous prétendez qu'un être est produit par un autre; de deux choses l'une : ou cet être a même essence que le premier, et alors il n'en diffère pas ; ou il n'a pas môme essence, et alors il n'y a rien dans le premier qui puisse contenir la raison du second. Donc un être n'en peut produire un autre, une substance ne peut engendrer une substance. La substance est ; le reste n'est pas en tant que substance, et ne peut être qu'en tant qu'apparence ou mode pour les sens et l'opinion.

Platon n'accepte pas ce principe que le semblable ne puisse provenir du semblable, ni le dissemblable du dis-, semblable ; il soutient au contraire qu'une chose provient tout à la fois du semblable et du dissemblable. Ainsi l'objet sensible est tout à la fois semblable et non semblable à l'Idée : il lui est semblable en ce que, ce qu'il est, l'Idée l'est d'une manière pure et éminente ; il lui est dissem-, blable en ce que, ce qu'il est, l'Idée ne l'est pas de h; même manière et avec les mêmes imperfections. En, général, une chose est et n'est pas ce qu'est sa cause ::

Page 1