‹ La philosophie de PlatonChapitre 207 sur 260 · LE PBINCIPE DE L'UNITÉ · texte numérisé non relu

LE PBINCIPE DE L'UNITÉ

sens moderne et indiquant la plénitude absolue de l'être sous tous les rapports : < Il n'est pas admissible que l'être ne soit pas infini (lîwXïuTTjtdv), car il est l'être à qui il ne manque rien, et s'il ne l'était pas, il manquerait de tout. » Peut-on exprimer avec plus d'énergie le caractère absolu de l'Être qui est infini ou n'est pas? La comparaison avec la sphère se retrouve chez tous les philosophes anciens. Il faut entendre par là la sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part, c'est-à-dire l'immensité. Il est donc difficile d'appeler naturalisme cette conception de l'Être un, immense, immobile et éternel.

Mais d'autre part a-t-on raison de répéter, comme on le fait chaque jour, que l'unité de Parménide est l'unité abstraite, supérieure non seulement à la pensée, mais à Yêtre même? — Rien n'est plus inexact, comme le prouvent les fragments qui précèdent. Parménide ne part point de l'idée d'unité; il ne fait qu'y aboutir, en posant l'être éternel. C'est de l'être réel et vrai qu'il parle sans cesse; il est, comme Spinoza, ivre de l'être. Son unité n'est ni abstraite et vide, ni matérielle; Aristote la nomme avec raison une unité rationnelle. Parménide rejette l'expression d'unité indéfinie (foîipov) qu'employait Xénophane, et il appelle l'Être itcicepadfAivov, c'est-à-dire déterminé '. n n'y a point place dans l'Être pour le possible ; il est éternellement actuel. Parménide n'est donc tombé ni dans l'abstraction pure ni dans le naturalisme ; son principe est l'Être, au sein duquel il se transporte par la pensée et

1. H. Brandis ue comprend pas comment peuvent se concilier les mots dTeXeircdv, sans bornes, et neicepatrixivov, qui semble impliquer des bornes. Il propose même de lire où8' iTeXEstiiv au vers 59. On s'étonne d'un tel embarras. Il sufOt d'avoir lu Platon pour connaître le to nipa;, la détermination, qui appelle nécessairement l'absence de toutes bornes, àTeXeniiv. L'un est notre mot parfait, l'autre notre mot infini. L'achevé, le Ti^pa;, indique la perfection à laquelle on ne peut rien ajouter et qui par conséquent est sans limitation.

d'où il prétend que rien ne peut sortir. — Ck>innient ptul-il exister autre chose que l'Être qui est? — Voilà In i|uestion que se pose Parménide, et il la résout négatitrumeal.

Son Dieu n'est pas plus au-dessus de la pensée que de l'tjlru; car il est la pensée môme dans son absolue unité avec l'être. « La pensée, dit Parménide, est la même chose que l'être. Il faut que la parole et la pensée soient de l'être, car l'être existe et le non-ctre n'est rien '... La pensée est identique à son objet (TcniiTdv iati vœTv tt xaî o&vïxeîv ioTi vÔTiixa) '. En effet, sans l'être, sur lequel elle repose, vous ne trouverez pas la pensée ; car rien n'est ni ne sera, excepté l'être '. » Parménide avait l'esprit truji rigoureux pour ne pas s'apercevoir que toute distinction entre le sujet et l'objet ramènerait la dualité ; il la su|iprime donc dans l'absolu et énonce expressément l'iilentité de la pensée et de l'être. Par là il échappe à l'objection de Platon dans le Sophiste. Si la pensée n'est j)^!^ un mouvement, comme le disait Platon, elle ne conli-oiiit en rien l'immobilité de l'être.

Si l'être est seul, qu'est donc le monde? Ou il n'est pas, ou il n'est que l'apparence trompeuse de l'être véritable. A vrai dire, la multiplicité, en tant que telle, n'est pas. Parménide compare l'opinion à la nuit, mère de l'erreur^ ei la vérité à la lumière du jour. Entre ces deux choses il y a l'antithèse la plus complète, comme entre l'objet de la raison, qui est l'être, et l'objet de l'opinion, qui est le nnii-êlre. La seconde partie de son poème sur la physique (xà irpôç Siïav) est une simple concession faite aux mortels amoureux de l'apparence. Âristote n'aura pas de peine à montrer que cette concession est une contradiction véritalde, et que ce panthéisme aboutit au dualisme, c Forcé

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