LE PRINCIPE DE L'UNITÉ
qui domine dans Zenon, c'est donc la forme secondaire et logique de la dialectique, excellente pour la réfutation. » C'est d'après cette sorte de dialectique, qui a besoin de longs discours, de longues déductions et de combats, que Zenon écrivait ses ouvrages. Parménide, ne se servant que de la raison pure, contemplait en elle-même l'unité de l'être, et n'employait que la dialectique purement rationnelle (vospSç), dont la force est tout entière dans de simples intuitions '. »
Le Parménide de Platon est un exemple de la dialectique déductive : — poser toutes les hypothèses possibles, en déduire toutes les conséquences possibles, et pousser son adversaire à la contradiction. Mais les contradictions auxquelles aboutit cette dialectique ne doivent pas être considérées comme des antinomies absolues , sans harmonie ; elles n'ont pour but que de démontrer la fausseté ou l'insuffisance de l'hypothèse.
La dialectique de Parménide et celle de Zenon ont donc un fond commun et une forme différente, t L'une est fondée sur le principe d'identité et n'en peut pas sortir; l'autre, sur le principe de contradiction, qui n'est qu'une face du premier '. »
La dialectique éléate se retrouvera dans la méthode de réfutation platonicienne, mais complétée par une méthode originale de découverte. L'apparition de Zenon n'en constitue pas moins une ère remarquable dans la philosophie grecque, parce qu'il mit le premier en jeu cette force extraordinaire d'agression et de négation qui est propre à la dialectique. Après la tendance positive de la spéculation grecque apparaît la tendance négative, la force qui approfondit, éprouve et scrute. Cette tendance logique et critique devait produire d'abord les sophistes, mais pour aboutir, avec Socrate et Platon, à une nouvelle méthode.