Diog., IX, 31. Ptftt., Prot
*. ArisL, Mé(., Il, 2.
LE PRINCIPE DU NON-ÉTRE
pensée est vraie pour celui qui la pense '. Ou plutôt encore on peut contredire tout le monde et faire passer l'esprit des auditeurs d'apparences en apparences. Un orateur habile pourra donc donner aux plus mauvaises raisons l'apparence des meilleures, et elles seront les meilleures en effet, par cela même qu'elles apparaîtront telles.
Cet exposé de la doctrine de Protagoras, parfaitement détaillé et motivé dans Platon, confirmé par Aristote et par toute l'antiquité, ne peut être révoqué en doute. C'est un scepticisme très logiquement déduit du phénoménisme ionien. Qu'on n'accuse pas Platon d'avoir calomnié Protagoras, car il a au contraire présenté ce sophiste sous l'aspect le plus favorable : les discours qu'il lui prête contiennent beaucoup de choses vraies en même temps qu'éloquentes. Protagoras semble alors personnifier le bon sens vulgaire, l'opinion commune, qui rencontre le vrai par une chance heureuse, mais non par science '. L'illustre sophiste ne pouvait manquer, sur la plupart des questions, de parler suivant l'opinion commune : tout n'étant qu'apparence, s'il y a quelque chose qui doive l'emporter sur le reste, c'est l'apparence la plus universelle. Il est utile à l'orateur de se guider d'après cellelà et de se plier aux opinions les plus générales afin de mieux se concilier son auditoire. Protagoras soutiendra donc de belles thèses morales préférablement aux autres, mais avec la secrète pensée que tout cela, dans le fond, est une simple apparence. Il saura même, à l'occasion, soutenir successivement le pour et le contre afin de mieux montrer la souplesse de son talent oratoire.
Le doute sur le fond des choses devait probablement se laisser entrevoir dans la plupart des questions traitées par Protagoras ; sur la question de l'existence des dieux,
1. Plat., Euthyd., 286. Arisl., Métaph., IV, 2. Sext. Emp.,flyp. ?yrrh., I, 216; Adv. Math., 60. Diog., IX, 59.