Sext , Aiiti. Math., 63, 74. ArisU, Dt Xen,, S et
LE PRINCIPE DU NON-ÉTRE
non-étre sera la même chose que l'être relativement à l'existence. Mais le non-être n'est pas; donc l'être n'est pas non plus. Donc ni l'être ni le non-être n'existe. Et d'autre pari, on ne peut pas dire que tous les deux existent ; car, s'ils sont deux, ils ne sont plus la même chose (comme on vient pourtant de le faire voir) ; ou, s'ils sont la même chose, on ne peut dire que les deux existent. »
Par conséquent, comme il n'y a ni être ni non-être, ni coexistence des deux, il n'y a rien en général.
2' THÈSE : Si quelque chose est, celle chose ne peut être pensée. — Si l'être pouvait être pensé, la pensée devrait être semblable à l'être, ou plutôt elle devrait être l'être lui-même : car, autrement, l'être ne serait pas la chose pensée. (Allusion à l'identité éléalique de la pensée et de l'être.) Mais, si la pensée était l'être, loule pensée serait vraie, et le non-être ne pourrait être pensé. Cependant on distingue des pensées vraies et des pensées fausses; donc ce qui est pensé n'est pas ce qui est, et réciproquement ce qui est n'est pas pensé ni connu.
3° THÈSE : Si l'être est et est pensé, il ne peut être exprimé. — Car les choses ne sont pas ce qu'on exprime : elles ne sont pas les sons qui frappent l'oreille. Celui qui entend ne peut penser la même chose que celui qui parle, ou même que tel autre qui entend, parce qu'il est impossible que la même chose soit de la même manière dans des individus différents.
Telles sont les trois thèses de Gorgias. Elles nous font voir dans ce dernier une sorte de Zenon à rebours. Zenon montrait la nullité des apparences sensibles en comparaison de la vérité rationnelle; Gorgias montre la nullité dss vérités rationnelles et réduit tout à des apparences. Il fait donc servir les éléments de la doctrine éléalique à leur propre destruction, et en même temps il paraît vouloir détruire toute afQrmalion d'existence, quelle qu'elle soit, à quelque objet qu'elle s'applique. Toute pensée est savoir, disait Protagoras ; aucune pensée n'est savoir, dit
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Goigias. Propostltotii équivalftitcis : si toute pensôe est siivoir, le ^vinr si' courmul nvtx riipjiiircucc ; si nulle pensée n'csl savoir, il nu reste encore que Jes a|)[iarences. Aussi Plaloii priHe-l-il jusiemeiit ;'i (iivrjîias celte doc- Irioe : • Laissuus, dit-il Jans le Phèdre, Jormir Gorgios, qui wusidére à la pIo«P du vrai le vraitemùtable, crimine devant cire préféré ; jtpà tûIv àXioOwv îi eIkotï, &tç Ti.tttiTÉï (*î^o/ '. j Lu vrai, en uiïel, est l'objet de la pliilosophie; le vraisciulilahlc, l'apparent, esl l'objet de h rbétorîque. Aussi le isojibisle iuDÏeucl lesopbiste italique, partis des exlréniités opposées, se renconlreiil duus la doctrine du l'universelle relativité et nlenl égakmeuL la science pour y siil)>>lituer l'apparence.
Est-ce à dire que toutes les paroles des sophistes fuâscul autant de sopkismes et de raisérables arguties? — Non, assurément. Un grand nombre d'entre eux [jensaienl et parlaient coiiforniénieiil à J'ûpiuioii générale et d'après les lois de la logiijut; oi'dinaire, sauf à faire leurs léserves implicites ou explicites sur le fond des choses. Mais il est certain que l'habilude d'eni|>loyer la rhétorique ou la dialectique à tout soutenir, suivant l'occusion, devait engendrer toutes sortes de so}diismes. On cumudl la subtilité grecque, môme chez les [diilosoplius les plus sérieux; que ne devait pas être cette subtilité chez les hoinineg portés au scepticisme! L'école de Mégare, si sérieuse d'abord, dégénéra en école éristique; les sojdiisles proprement dits durent aller bien plus loin encore, h' Enthydème de Platon n'est donc pas aussi invraisemblable que le prétend Grote. Platon n'a pas voulu représenter dans ce dialogue tous les so|)bistes; mais ceux qu'il met en scène ont dû exister. \À Eulhydéme n'a d'autre but que de metti'e la discussion socratique, si sincère et si raisonnable, en contraste avec les puériles ilisputes de quelques mauvais élèves des sophistes. Eutbydème alliruie, comme
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Prolagoras, que chacun sait tout el toujours '; que, par conséquenl, personne ne peul croire une lausselé ' ni contredire ((ui que ce soit; il admet, avec Gorgias, que personne ne peut rien apprendre, ni le sage parce qu'il sait déjà, ni le fou parce qu'il est fou '.
En résumé, que trouvons-nous chez les sophistes relalivemenl à la métaphysique? — Indilféreuce, doute ou négation.
Les sophistes n'en ont pas moins eu un grand nlle philosophique ; ils ont provoqué la réaction de Soerate el de Platon, et ils ont perfectionné la dialectique du raisonnement jusqu'à en (aire l'ennemie de la raison même. D'ail 11 urs ils expriment un côté général du génie grec, qui se retrouvera dans Socrate et dans Platon.
De toutes les antinomies accumulées par l'ionien Protagoras el l'éléate Gorgi:is, dont l'un prétend que tout est vrai et l'autre que rien n'est vrai, Platon déduira cette conséquence : 11 y a dans Ions les systèmes une partie vraie et une partie fausse. A côté de l'alisolu se trouve le relatif; l'être pur, qui exclut le néant, n'exclut pas les relations du non-(!tre. Les Éléates veulent s'en tenir à l'ahsolu et aboutissent au scepticisme; les Ioniens veulent s'en tenir au relatif et aboutissent également au scepticisme. La confusion complète et la séparation complète des genres produisent donc les mêmes conséquences ; et la vraie dialectique sera celle qui, unissant et divisant tour à tour, concilie tous les procédés de la raison. Dans cette dialectique, la méthode des sophistes se retrouvera à son rang véritable : elle formera, après la thèse et l'antithèse incomplètes, la synthèse négative on double négation (xi oùSÉTEpDv), qui précède la synthèse affirmative et défi- BÎtive propre à Platon (tô àjtifàTtpov),