Voy. plus liaut, chap. r
ctUc coQclusion : l'un et le lâun soûl la mCme chosu; l'uuité est homie, le bien est un ; il y a là plusieurs noms, mais non plusieurs êlres. « EucliJe, dit Diogène de LaBrle, eni^eîgnfiit qu<i le Bien est un sous difTcrents noms : tanlât on l'appelle Sagesse, tantôt Dieu, quelijuefois lulelligcnee, et d'autres noms encore. Quant aux contraires du ïiieu, il les supprimait, disant qu'ils n'étaient pas'. > Ainsi donc, d'après Cîcéron, l'unilé est le bien pour les Mégariques; et, d'après Diogène, le bien est un. La Sagesse (ippdvTisiç) , dont parlait sans cesse Socrate, l'/ntciiUjRnce (voS;), dont parlait Anaxagore, Dieu, dont parlent toutes les religions et toutes les pbilosopbies, ne sont pas des principes divers, mais les noms multiples de l'Unité éléale. Celle Unité a encore uu autre nom : elle s'appelle l'Être, d'après Parménide, et, d'après Pamiénide aussi, le non-être n'est aljsolumcnt pas. Donc, si l'Un, le Bien et l'Être sont identiques, le coulraire du bien doit être identique au non-ètre, et par conséquent il n'est pas. Il n'y a pas d'autre interprclation possible de la phrase de Diogène, qui nous setnble ainsi parfaitement claire.
Dans un autre passage, Diogène nous apprend que les Mégariques « n'admettaient qu'une seule vertu avec différents noms ' » . Le bien moral, comme le bien en soi, est donc un. Déjà Socrato réduisait toutes les vertus à une seule, la sagesse; les Mégariques admettent cette doctrine et l'exagèrent, ne voyant dans la pluralité des vertus qu'une pluralité de noms. En outre, ils transportent au bien en soi ce que Socrate disait du bien moral, parce qu'au fond le bien est un. La doctrine morale de Sourate devient donc pour eux une doctrine mèlapbysique, et il faut dire d'une manière absolue qu'il n'y a
2. l i-jTE [iiav itûii&fî ivfl(ic!5i T>.3.\o-j\^ivt{i , ui; ni MeYKp'Koi. 161, VU.
LA pmLOSOPmE 06 PLATON
qu'un seui bien, malgré la diversité des noms qu'on lui a[v[)]i<|Ui>.
Li' bien élaul l'iMre, le contraire du bien n'existe pns; ninis, le l»ien étant aussi l'iinilti, le coniraire de i'nnilène doit [los exister davantage; donc le inultinlc, le moliile, le sensible, n'a pas d'existence. Le mouvement, en particulier, est absrdumcnl impossible. Zenon l'avait démontré dêjii; et Euclide, pour ûlre conséquent à ses propres prîneifMîs, devait l'admettre à son tour. Il l'tidiriil en effet, et toute l'antiquité s'accorde â ra])proclier les Mégariqties des Eléales, conme ayant égalemenl nié et l'auliinlé des sens et la vérité de leur objet. • Certains pbilosoplies, dit Arisloclés ', pensent qu'il faut rejeter les sensations et les représentations sensibles, pour ne s'en rapporter qu'à la raison. Telle fut à peu près lu doctrine de Xénojdiane et de Parménide, de Zenon et de Mèlissus, et plus tiird de Stil[ion et des Mégariques. » Aussi Platon, toujours porté à s'effacer lui-mÈnie dans ses dialogues, attribue à Euclide la composition du Théétèle dans le préambule de ce dialogue, parce que Socrate y soutient une doctrine chère aux Mégariques, à savoir que les sens et l'opinion ne peuvent donner la science.
Les Mégariques n'ont pas seulement rejeté l'aulorité des sens; ils ont supprimé l'objet des sens, la fçénéralioa, comme contraire à l'Un, an Bien, à l'Être. S'ils ne la nient pas absolument en tant qu'apparence, ils la nient en tant qu'existence. C'est ce qui résulte évidemment de leur doctrine sur la puissance et Vacle. Écoulons Arislote : ■ n est des philosophes, les Mégariques par exemple, qui prétendent qu'il n'y a puissance que lorsqu'il y a acte; que, lorsqu'il n'y a pas acte, il n'y a pas puissance. Ainsi celui qui ne construit point n*a pas le pouvoir de construire,.. Un pareil système supprime le mouvemeitt
). OïoVTdi Seîv, TÔç [lit nîsS:Q<i£i( K«l ïà; çavTOurîoç xa-caSi),liLv, ii-jT^ àé (iovov ™ XiSyç TtiffisiJEtv (EuBÈbe, P. ev., XIV, 11).
L'ÉCOLE D& ilÉGKRS
et la génération. L'être qui est debout sera toujours debout, l'être qui est assis sera éternellement assis... Ce qu'on essaye de supprimer ainsi, c'est une chose de la plus haute importance '. »
Euclide a donc déduit de l'éléatisme sa conséquence nécessaire, la réduction de la puissance à l'acte. On sait que Parménide n'admet pas de milieu entre l'être et le non-être. Or la puissance est un milieu. Voici donc le raisonnement des Mégariques : Ou bien le possible est, ou il n'est pas; s'il est, il est actuellement et éternellement ; s'il n'est pas, il n'est en aucune manière et ne sera jamais. — La puissance est une manière d'exister sans exister, chose monstrueuse aux yeux des Ëléates. Les Mégariques suppriment donc tout intermédiaire entre l'être et le non-être, et s'en tiennent à la doctrine de Parménide sur le rapport d'exclusion absolue entre ces deux choses. Us n'admettent ni le non-être intermédiaire de Platon, ni la puissance d'Âristote, deux notions tout à fait analogues; pour eux, il n'y a qu'un seul principe : l'acte pur, l'Être étemel, le Bien parfait, l'Unité immobile.
On voit que, jusqu'à présent, la doctrine de Mégare est loin d'être semblable au platonisme. Cependant Euclide et Platon admettent en commun l'identité du Bien, de l'Unité et de l'Être, et de ce qu'Aristote appellera plus tard l'acte. Ce n'est là qu'une conciliation de Parménide et de Socrate qui était inévitable '. Mais le grand point