‹ La philosophie de PlatonChapitre 225 sur 260 · Sopk., m, h, c, d, et sqq · texte numérisé non relu

Sopk., m, h, c, d, et sqq

l'école de mégare

(TjxixpJt Sia6pxûovTe; ^v toTï Myon) et leur attribuent, au lieu de l'existence, une certaine génération mobile (^éveoiv àvT* oùdîa; cpspofuvviv Ttvât npocrayopeûouirtv). > Les Mégariques argumentaient de la divisibilité à l'infini, comme Zenon. On connaît leurs sophismes du chauve et du monceau; ces sophismes semblent être une allusion à la divisibilité des choses sensibles, qui n'ont pas d'existence réelle, puisqu'on ne peut déterminer exactement quand elles existent, par exemple quand un homme devient chauve ou quand les grains de blé forment un monceau. Aussi Platon dit-il que les Mégariques réduisent les corps en poussière et ne leur laissent qu'une génération mobile, insaisissable, indéterminable. < Les deux partis, Théétële, n'ont pas cessé de se livrer au milieu de nous les plus violents combats (£v yua^ Si mpl thûtoc dînXsTOt ^[xtpoTÉpoiv lhn-/-fi Ti; dtt (ruvî<rnix(v). » Allusion aux disputes de Zenon et des Mégariques contre les partisans de la matière. « Demandons aux deux partis de nous rendre compte tour à tour de leur manière de voir sur la nature de l'être. Auprès de ceux qui mettent l'existence dans des idées (itxp^ tSv Iv c'Sssiv aû-rjjv TtOejiévoiv), la chose est plus facile, parce qu'ils sont plus traitables. > On se rappelle les objections de Platon à ces partisans d'idées incorporelles, sans puissance, sans vie, sans activité motrice, et par conséquent suppressives de tout mouvement, c Vous dites, n'est-ce pas, qu'il faut distinguer la génération et l'être? que c'est au moyen de la raison que nous communiquons par l'âme avec la véritable essence, que vous prétendez toujours semblable à elle-même, tandis que la génération est toujours variable? » Cette opposition de l'essence et de la génération était connue des Ëléates, et les Mégariques avaient dd l'admettre. L'essence était pour eux l'être absolu, et la génération un pur non-être, une illusion, car l'actualité éternelle de l'être exclut la possibilité du mouvement. Platon leur objecte que, si l'immobilité et pour ainsi dire l'actualité est absolue, la connaissance est

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impossible. La connaissance, en effet, est c une passion ou une action, résultat d'une puissance de deux ohjeL'; mis en rapport >, ce qui implique le mouvement. • Mnis peutêtre, Théétète, n'entends-tu pas leur réponsi; là dessus aussi bien que moi, qui y lutt accoutumé depuû longtemps (allusion aux rapports de Platon avec les Mégnriques). — Que disent-ils donc? Us contestent ce que nous venons d'établir avec les enfants de la terre. Nous avons cru bien définir les êtres par la puissance d'exercer ou de souffrir une action quelconque, si petite qu'elle soit. A cela ils disent que, quelle que soit celle double puissance, elle appartient h la génération; mais (/ue ni la puissance pauive ni la puissance active ne conmennent à l'être. »

Gomment ne pas reconnaître ici la doctrine dcis Mégoriques sur la puissance, que réfutera plus lard Arisfole ' î Platon ne connaissait pas le terme d'itépyui, pas plus que les Mégariques eux-mêmes; mais il connaissait comme eux le mot Sûva.ui;, et il l'emploie ici dans un sens tout ari^ totélique. Voilà donc la puissance exclue de l'être, et altribuée seulement à la génération, qui est un nnn^Mre. Point de milieu entre l'existence absolue et l'absolu néant, entre le bien et le mal. Le Dieu des Mégariques e»l un Dieu immobile dans son actualité éternelle, sans puissuiicc active, sans vie, sans âme, sans intelligence. < Mais quoi, par Jupiter, nous persuadera-t-on que, Aana ta réalité, le mouvement, la vie, l'âme, l'intelligence, ne conviennent pas à l'être existant de tous points? > On sait conimcnl Platon réfute cette doctrine : il rétablit le non-être relatif

. 1. C'est & tort, selon nous, que Soclier et Grote croient retrouver ici, comme dans le» autres passages sur li;s furmus Incorporelles, la pure doctrine de Platon Uil-infrine. Platon croit au contraire que Vélre absolu doit avoir une puie-^ance réelle, au lieu d'ôtre stérile, comme le prétendent les Mégarique!;. Ce n'est pas seulement la génération qui peut, vit, pense, tneui, mais l'être complet (tô itavteXfix; ov), c'est-à-dire le Bien, dont émanent la pensée, la Tia> la mouvement. ' >

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comme un milieu entre l'être et le néant ; et ce non-ôtre, c'est le postMe, c'est ce qu'Aristote appellera la puissance. Le Dieu d'Euclide demeure donc profondément distinct du Dieu de Platon. Sans doute l'Unité, ayant plusieurs noms, doit contenir en elle-même comme une pluralité idéale; mais cette diversité, plus apparente que réelle, ne se manifeste point extérieurement par la pluralité des êtres. L'Unité d'Euclide est substance; elle n'est pas cause. Les formes intelligibles et immobiles de l'Unité sont stériles et imparticipables ; loin de fonder la possibilité du monde extérieur, elles excluent toute puissance, toute génération, tout mouvement. C'est toujours l'Unité de Parménide, enveloppant en elle-même une multiplicité plus nominale que réelle.

En résumé, on ne peut considérer Euclide comme l'auteur de la théorie des Idées, bien que son système semble avoir eu une grande influence sur Platon. Les noms divers de l'Unité contiennent bien en germe la diversité des Idées ; mais il n'est par sûr qu'Euclide se soit parfaitement rendu compte de cette conséquence. Platon semble, en le réfutant, lui attribuer (suivant son habitude à l'égard de ses adversaires) une précision de pensée et de langage qu'il n'a pas dû avoir. En tout cas, les formes immobiles d'Euclide' sont suppressives du monde extérieur et en général de toute possibilité, tandis que les Idées de Platon expriment les puissances mêmes de l'être absolu et ses perfections participables. D'accord avec Euclide sur l'identité du bien, de l'unité et de l'être, et sur la . nécessité d'expliquer ces noms divers de Dieu par quelque diversité de formes éternelles, Platon se sépare de lui quand il s'agit de déterminer la vraie nature de ces formes multiples et leur rapport au monde des sens. Au lieu de se retrancher tout d'abord, comme EucUde, dans des spéculations éléaliques sur l'être, Platon prend son point de départ dans le momie sensible, qu'il prétend expliquer, non détruire ; et par la méthode dialectique, inconnue à Euclide, il arrive à des formes

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intelligibles qui cottliennent en puissance le monde matériel, au lieu de demeurer stériles dans leur uuitè immuable.

En dernière analyse, la génération des Mégariques n'est absolument pas en tant qu'existence el ne jjarlicipe pas à l'èlre ; car toute puissance est pour eux un pur non-êlre qu'il faut nier. La génération de Platon n'est pas relativi>ment eus Idées (et non absolument) ; elle est relalivenient li lo matière (par sa participation aux Idées). Suivant lu terme de eompuraison, elle est être ou non-êlre, parce que le nou-ètre n'a plus le sens qui lui est attribué par les Èléules et les Mégaiiques. — Le Dieu ou Unité parfaite des Méfçariques est absolumaU, sans aucune relation avec le [Mssible, relation qui cunslituerait en lui la puissance active. Il ne pense, ni ne vil, ni ne meut ; il ne connaît pas le monde ni ne le produit. Le Dieu de Platon est absolument en lui-même, ce qui ne l'empéclie pas d'envelopper une relation éminenle avec le pur possible ou la matière, relatiou qui fonde sa puissance active et son intelligence. Il pense donc, vit, meut, et même se meut idéalement en tant qu'âme; il connaît le monde el le produit. Les Idées sont ses perfections fécondes, ses actes de pensée el de vie, immuables en eux-mêmes, mois fondant la possibilité du mouvement et de la génération. En un mol, Platon a restitué à Dieu la puissance actim.

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