CONCLUSION — ORIGINALITÉ DE PLATON
Nous avons trouvé chez les prédécesseurs de Platon tous les principes de la théorie des Idées; mais nous n'y avons pas trouvé les Idées elles-mêmes.
Le problème que Platon s'était proposé contenait deux parties : premièrement, embrasser dans une large synthèse la multiplicité des doctrines antérieures, déjà si riches de vérité et de lumière; secondement, en découvrir l'harmonie et l'unité. En ce qui concerne le premier point, comment méconnaître l'universalité du platonisme? N'y retrouvons-nous pas la matière concrète et mobile des Ioniens (^ y^visk); la matière abstraite et virtuelle des pythagoriciens (^ Su^c àofiaxit) ; l'Intelligence motrice et ordonnatrice d'Âuaxagore ; les nombres mathématiques et logiques, premier degré de l'intelligible; l'Amour d'Empédocle; l'Unité de Parménide, dernier degré de l'intelligible ; le Bien de Socrate, identique à l'Unité, mais qui a de plus un caractère moral et qui est la cause finale de l'Intelligence et de l'Amour; enfin la pluralité formelle des Mégariques, mais avec un principe d'activité féconde et de vie expansive?
Platon a tout embrassé; mais ce qui était plus difficile, c'était de tout relier; et c'est là principalement que son originalité apparaît. Le lien proposé par Platon, le
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moyen lenne qui, sclun iui, concilie loules les oppositions (les syslfiucs {oùSrrepï xnl à[j.^rjTEpa), c'est l'Idée, doot Euflide n'avait eu qu'une notion vague et très incomplète. Furine de l'être, je la pensée et de l'aetivilé toul à la foiS; ridée est essenliellemeot niëdiatricc, si l'on peut parler ainsi : car elle esl le rapport et riiarmonie de tous les éléments que utins avons énumérés.
En [>!emi>r lieu, parmi les perfections du bien se trouve l'inlelligence; il y a une science en soi qui a pour olijcl le bien en soi; l'Itlée, forme de l'être divin, esl donc aussi une forme de la pensée divine : elle esl un moyen terme entre le Bien et l'inlelligence, entre l'Èlre el la Pensée.
En sewmd lieu, si la Perfection une a des formes multiples, qui sont les Idées, si rinleliifçenee une a des formes multiples, qui sont encore les Idées, on peut concevoir un certain degré de perfection qui n'est ni la perfection complète ni la complète imperfection. Celle sorle de perfection imparfaite est le type des objets sensibles et en fonde la possibilité. L'unité divine esl donc cKprimable dans le multiple, par cela môme que celle unité enveloppe une infinité de (lerfcctions diverses. L'Idée est ainsi le moyen ternie entre la réalité éterneûe de Dieu, qui par lui-même esl, el le monde, qui par lui-même n'est pas. Ce milieu entre l'être et le néanl, c'est le possible; et le possible a sa raison dans l'Idée. Mais, si les Idées sont, en même temps que des réalités ([lar rapport à Dieu), ôa;i possibilités (par rapport au monde), c'est qu'il y a en Dieu même la puissance active et motrice, l'Ame qui procède de l'Intelligence, comme l'inlelligence procède du Dien. L'Idée est donc, en délinitivej pei-fection de Dieu, pensée de Dieu el puissance de Dieu.
La matière elle-même, celle chose indéflnissaUe qui n'est rien et peut toul devenir, u'est autre que le pur possible, qui a sa racine dans le réel; la matière n'cxisLdonc que par l'iiiée el relativement à l'Idée. Si lii ii