Voy. notre Philosophie de Socrate
i, "OXuç i(iâ}(iTo, comme dit Arislote, Eth. à Nie, I, ni.
SS I^ PBILOSOPlilE DE PLATON
k citer ici, [urmi les témoignages «l'Aristole, les plus imporlanls et les plus propres à fournir un critérium pour disliiiguor h système platonicien du système socratique. • Soi'nilfr faisoil des vertus des sciences, chose impossible, Toutes les sciences sout jointes à la raison (nSsat \itxk Xi-{r>u) ; or k raison se trouve dans la partie inlellecluelle de l'âme; toutes les vertus se trouvent donc, d'après lui, dons Iei partie rationnelle de l'âme (h TÔi lofianxM TÎi; 4^/îiç iJ-oflif)- Il arrive dyne que, faisant des vertus des sciences, il supprime la partie irraisonnable de l'âme; el jiar là il supprime et la passion et le moral (>tal Twîflo; x«l -ffion) : il a donc sur ce point mal traité des vertus '. » Aristotc entend par la partie irraisonnable la sensibilité, origine des panions (tckOo;), el lu volonté, origine des habitudes morales (^9o(). D'après lui, Socrale réduit l'àme â l'iiitclltgenive. Les passions ne sont plus qu'une influence physique, due à l'union de l'intelligence et du corps; quant à la volonté, au caractère moral (^toç), ils sont supprimés. A me est donc synonyme é'inteiUgetice ou de raison. L'âme est réduite au pur esprit, au vwk; elle offre la plus parfaite unité, sans distinction réelle de facultés, sans partie rationnelle d'un côté, sans partie morale el active de l'autre. Rationnel et moral ne font qu'un. « Platon, venant ensuite, divisa l'âme en partie rationnelle et irrationnelle, et cela à bon droit; el il rendit à chacune les vertus qui lui conviennent. Jusqu'à présent, tout est bien, mais il n'en est plus de même ensuite. En effet, il a mfilé la vertu à la recherche du bien en soi, et cela à lort, car ce n'est pas le lieu convenable. Parlant des élres cl de la vérité, il ne devait pas parler de la verlu,'car il n'y a rien de commun entre les deux choses, » Aristole fait allusion à la liépulilique, qui traite el de la vertu et du bien en soi (au VI' livré). Le moraliste, d'après Aristote, cherche
{. Magn. Mor., 1, i.
textes d'Âristole.
. Noua traduisons Doua-mSniB tous ces
tA XIBBRTfr MORALK DANS PtA^ON 37
lé bien pour l'homme et non le bien en soi (o& loî! iiÙMf, àXXà Tou ^(xïv) ; la théorie des Idées n'a donc rien à faire en morale. — Accusation injuste, que nous devons négliger. Ce qui nous importe actuellement, c'est la 'comparaison de Socrate et de Platon. Ce passage démontre : i* que la recherche de VJdée du bien et de la nature des êtres en soi est propre à Platon : Socrate n'a point mêlé cette recherche à sa morale; il n'a point connu la théorie dés Idées ni du bien en soi, ti àyaO^ aôrb xaiO*a&r&; 2* que la division de l'âme en deux ou trois parties distinctes, produisant des vertus distinctes, est également platonicienne. Si Socrate a parlé de la raison, de l'appétit et du cœur, il n'a vu là que des termes divers et populaires désignant au fond une même chose : la raison dans ses divers modes d'exercice. La psychologie morale de Socrate implique donc un pnr rationalisme, mais distinct du rationalisme platonicien en ce que ce dernier atteint les choses en soi, l'objectif, tandis que Socrate s'en tient au point de vue immanent et psychologique. Dans Socrate, rationalisme subjectif, qui ne réalise pas < les genres > dans un monde à part, le monde des Idées. Dans Platon, rationalisme objectif, qui se pose comme absolu et en possession de l'être même par l'Idée. Tous les àen% s'accordent à proclamer la puissance irrésistible de la science ou de la raison ; Socrate est même plus affirmatif sur ce point que Platon, qui admet la partie irrationnelle de l'âme. Aussi voit-on que les Mémorables ont plus de force et d'énergie sur ce point que les Dialogues mêmes de Platon '.
Aristote exprime en beaux termes cette foi enthousiaste de Socrate et de Platon dans la science : c On peut se demander comment celui qui a des idées droites peut ne pas se dominer (dbcpaTtiitTat). H en est qui nient (tiv*;) qu'un homme qui a la science soit capable d'intempérance.
1. Voy. notre Philosophie de Socrate, t. I, et notre éditioa classique des iVAiioraile* (Delagrave, in-12). - -^
Car il serait etrao^e, comme le pensait SttcrfllP. que la science fûl dans l'àme el qu'il y eût cupi'tidatil quelque cboa« <ie ))lus fort qui enlraiall l'homme oumme un esclnve *. > Arislute fait ici allusion â un passage du Prthtaijoras que nous citerons plus loin. • // est det gent qui nient, 1 désigne Platon. Ariiitole rapitorte d'ailleurs à Socrule la paternité de cetle théorie, qu'il considère comme l'expresiiion fiflëlo de ce que pensait le vieux philosophe. La suite le prouve bien. * Socrate comialtait fortement (JXtu; ï{Aa](t'ro) cette prnpnsilion [qu'un homme f&l sciemment incontinent], comme si l'inconlinencu n'exiâlait nullement (wc o^K g^{ dbtpoirCxï) : car [>eraouue n'agit conlroiremeut au mieux avec conscience, mais |itr ignorance. OùSivx ^ip £iKo^«fAÊâ»ovt« «palrtii» iwpà xh piknrcvt, iïXk §i' iftoiM. » — Fortes expressions qui ne sont que la traduction (idéle du xiK&t U.it* oùStif. Au mol Jxw est substitué 6i(o^ajj£BV(i)v : celui qui prend le mauvais parti ne le soup- Çouiie même pas. Et il s'agit bien ici du vrai Socrale ; car Aristole noua dit qu'i/ comàattait fortement, de tout point, l'opinion reçue. C'est donc d'un personnage réel qu'il s'agit. Ce qui revient à Platon est désigné par «viî, ce qui revient à Socrate, par £«ii)t^Tr|«.
Plus loin, Âristote va distinguer profondément l'opinion de Platon et celle de Soorete. Ce passage est des plus remurquables, et nous ne pouvons assez nous étonner de la négligence des critiques, qui n'y ont apporté aocune atteulion. < Ce discours, dit Aristote en parlant de la thèse socratique, met en doute ce qui est pourtant évident ; et en outre il eût fallu chercher, eu sujet de la passion, en la supposant produite par l'ignorance, quel est ca mode d'ignorance. > Mais, si Socrate n'a ftas su distinguer les diverses sortes d'ignorance, Platon l'a fait, connue un va le voir, t II y a des geoa (*«¥*(), continue Aristote, qui accordent une partie de ce qui précède et rejettent l'antre. Qu'il n'y ait