‹ La philosophie de PlatonChapitre 59 sur 260 · Voy. noire analyse du Sophùttt · texte numérisé non relu

Voy. noire analyse du Sophùttt

l'idée du bien supébibure a l'bssence 107

Le terme d'essence ne désignera donc pas pour nous l'existence abstraite, mais la réalité de l'Idée.

II. Si toute détermination essentielle est une, elle n'est cependant pas encore l'Unité absolue. L'Idée du beau, par exemple, est sans doute une détermination parfaite, dont l'universalité contraste avec la multiplicité des individus qui en participent à divers degrés ; mais enfin c'est une certaine détermination, conçue comme distincte de toute autre, comme s'opposant aux autres. Par conséquent, si elle est une en elle-même, elle n'est pas unique; elle n'est pas la pure et simple Unité, la détermination complète soua totu les rapports possibles, la plénitude de la perfection : elle est un bien, elle n'est pas le Bien.

Les modernes diraient, dans un autre langage : la beauté parfaite est déjà infinie, mais infinie seulement sous le rapport de la beauté; la perfection absolue, au contraire, est infiniment infinie.

Concluons que chaque essence, impliquant la distinction à côté de l'universalité, la différence à câté de l'identité, conserve par là même quelque chose de particulier et de multiple. Donc il y a au-dessus de l'essence un terme supérieur, qui ne doit pas prendre le même nom ; car le genre a un autre nom que ses espèces. Les essences sont les espèces du bien, par conséquent elles ne sont pas le Bien; et d'autre part le Bien, à parler rigoureusement, n'est point une essence. — * Les êtres intelligibles ne tiennent pas seulement du Bien ce qui les rend intelligibles, mais encore leur être et leur essence, quoique le Bien lui-même ne soit point essence, mais quelque chose fort au-dessus de C essence en dignité et en puissance *. »

Ainsi les Idées particulières sont et sont telles par la communication du Bien; elles en reçoivent l'être et

1 Bép., VI, 506, e.

LA ?HIt.OSOPHfE DE PLATON

(Jes ilùlecmiiialioiis de. l'ètir, ti ejvaî -i xil tT|V tsù^iav. Mais lo IHen lui-même n'est point lel ou le! ; il n'est point «ne essence, une (lêicruiinalion pai'lictilière; il est l'uni lé de lonles les délerniina lions dans la réalité suprême, dont ou ne pent dire avec vérité qn'iinc seule cliosc : elle est. Aussi d(!vons-nous exclure du Bien toutes ces déterminations de (luanlité, de nombre, de temps el même de qualité, < que, dans notre ignorance, nous trans)inrtons ma! à propos à la substance élernelle'. Nous avons riiabitude de dire : elle fut, elle est, elle sera; i^lle est, voilà ce qu'il faut dire en vérité. Le i*assé el le futur ne conviennent qu a la génération qui se succède dans le temps, car ce sont là des mouvements. Mais la substance éternelle, toujours la même et immuable, ne peut devenir ni plus vieille ni plus jeune, de même quelle n'est, ni ne fut, ni ne sera jamais dans le temps. Elle n'est sujette à aucun des accidents que la génération impose aux choses sensibles, à ces formes du temps qui imile réternilé el se meut dans un cercle mesuré par le nombre. De même, quand nous appliquons le mol être au passé, uu présent, d l'avenir, et tnême uu non-ètre, nous ne parlons pas exactement. Mais ce n esl point ici le lieu de s'expliquer de ces choses plus en détail -. »

Il est impossible de mieux opposer le sens vague du mol être à son sens exact.

L'être général et abstrait est précisément le contraire de l'être universel el concret. Comme nous l'avons dit, l'un est le vide de l'être, l'aufre eu est la pléuilude. Quant à V essence, c'est quelque chose d'intermédiaire entre l'élre

1. Timée, 37, c ; 52, a,s. Voy. la première thèse du Parmenide.

2- Jl y a peu [-Être ici une allusion au Panninide, de méine que plus loin, p. 155, C. — Cousin dit, comme s'il n'avait paa lu PItilon, ■ qu'il est contraire à l'art anlique de renvoyer d'un dialogue à l'autre >. Nous avons vu cependant des allusions de ce genre 1res nom breosos; exemples : YEiityiikTon,\<i Théététe, le Sophiste, le Politique, le Crilon, le Secojul Bippias, le Critias, le Timée nifime, etc.

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indéterminé et l'être absolument déterminé. Ce dernier est bien supérieur à l'essence, mais non à l'existence, car il est au contraire dans l'acception la plus absolue de ce terme.

Aussi, dans le passage de la République cité plus haut, Platon ne dit pas i^je le Bien soit supérieur à l'être. Dans la phrase précédente, en parlant des Idées, il avait rapproché les deux mots d'être et d'essence; mais, en parlant de l'Idée suprême, il ne retire que le second terme, comme impliquant encore quelque imperfection. Le premier seul lui reste dans toute sa simplicité, et aussi dans sa compréhension infinie.

On voit combien est grossière l'erreur de ceux qui attribuent à Platon la confusion du Bien avec l'Unité vide qu'on prête à Parménide, l'Unité exclusive de toute existence. Une telle opinion, est la négation même du platonisme. La suite du VI' Hvre et le VU" suffiraient déjà pour réfuter une critique aussi étrange. « L'organe de l'intelligence, dit Platon, doit se tourner, avec l'âme tout entière, de la vue de ce qui naît vers la contemplation de ce qui est, et de ce qu'il y a de plus lumineux dans Vèlre: et cela nous l'avons appelé le Bien •... Il s'agit d'imprimer à l'âme un mouvement qui, du jour ténébreux qui l'environne, l'élève jusqu'à la vraie lumière de l'être '. » Et plus loin : < Il faut voir si la géométrie et le calcul tendent à notre grand but, je veux dire à rendre plus facile la contemplation du Bien. Car c'est là, disons-nous, que vont aboutir toutes les sciences qui obligent l'âme à se tourner vers le lieu où est cet être, le plus heureux de tous les êtres, que l'âme doit contempler de toutes manières '. » Plus loin encore : » L'étude des sciences élève la partie la plus noble de l'âme jusqu'à la conlem-

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